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L'ENCRE DU LUBUMBASHI
04. juin
2015
Non classé
0

RDC, travail d’enfant: témoignage de 30 enfants mineurs

Cet article est le dernier d’une longue série des billets que nous avons consacrés au travail des enfants dans les mines des diamants au Kasaï-Oriental en RDC.

CAS N°21: à Bena Kabongo

 Sexe    : Masculin

Age : 15 ans, 1er enfant d’une famille de 7enfants

Parents : Unis, Père agent de l’Etat affecté à la commune de la Muya. Mère vendeuse des petits poissons au marché municipal de Mama Yemo.

Habitat : locataire, maison en brique à dobe et en tôles.

Scolarité : continue, en 2ème année secondaire.

Cas de violence : ça dépend. Si c’est à l’école, je me plaints auprès du préfet et la discipline scolaire s’en occupe. Si c’est à la cité, je vois le rapport de force : au cas où l’agresseur est de mon âge ou presque, nous nous battons. Au cas où l’agresseur est plus vieux, je m’en réfère à la sagesse de mes parents ou de toute autre personne qui peut intervenir en ma faveur.

Sexualité : non, je n’ai pas encore fait ce genre de choses. Quand le moment viendra, je vais le faire. Je sais.

Projet d’avenir : terminer les humanités techniques ; mécaniques ou électroniques, continuer à l’université pour devenir ingénieur et travailler dans une industrie ou ailleurs.

En cas d’échec de ce projet : l’homme propose, Dieu dispose, dit-on. Si c’est par manque d’argent, on va chercher à se réorienter dans la vie en faisant ce qui sera possible. Je me débrouille quand même bien en classe avec les math et la technologie, etc.

Satisfait ? Oui. Mais il faut continuer avec les études. J’y tiens encore.

CAS N° 22 : à Bakwa Tshimuna

 Sexe    : Masculin

Age : 15 ans, 2ème enfant d’une famille de 7enfants

Parents : Unis et vivants, Père commissionnaire. Mère vendeuse au marché.

Habitat : maison semi-durable.

Scolarité : Abandon scolaire en 1ère année secondaire, il y a une année parce qu’il échoue à l’école.

Activités : aime la musique ou il va chercher à être musicien. C’est le nœud du problème, conflit avec son père qui s’opposait, plus qui a compris en disant : c’est peut-être sa destinée.

Sexualité : pas encore, le moment n’est pas encore venu. Ce qui me préoccupe maintenant c’est de trouver l’argent et d’aller à Kinshasa.

Projet d’avenir : devenir grand musicien et fonder mon orchestre et devenir comme JB MPIANA, Fally IPUPA.

En cas d’échec de ce projet : Je peux échouer, si je reste ici à Mbujimayi. Mais si je vais à Kinshasa, c’est facile. Je vais essayer dans deux ou trois orchestres des jeunes, puis c’est parti. Je ne vais pas échouer.

Satisfait ? Oui.

CAS N° 23 : à Bena KABONGO et Bena MABIKA

 Sexe    : Masculin

Age : 17 ans, aîné d’une famille de 13 enfants issus d’un mariage polygamique

Parents : Unis dans un mariage où l’homme à 2 femmes. Père commissionnaire en diamant. En fait, il s’agit d’un négociant en faillite. Mère couturière.

Habitat : deux maisons semi-durables à trois pièces.

Scolarité : continue, en 4ème année des humanités.

Activité : Elève studieux.

Sexualité : pas maintenant, ceux de nos collègues plus âgés qui sont dans ces aventures n’étudient pas bien, ils n’évoluent pas convenablement.

Projet d’avenir : obtenir mon diplôme d’Etat, allé à l’Université en Polytechnique ou Informatique. Puis, travailler comme cadre dans une entreprise.

En cas d’échec de ce projet : Pour échouer le projet, il faut que moi j’échoue ou qu’on manque l’argent. Mais ma mère me dit qu’elle va même vendre son pagne pour que j’étudie. Je suis sûr que je vais y parvenir. Si j’échoue parce que ça peut arriver, je vais changer de faculté, faire même l’économie ou l’informatique.

Satisfait ? Oui, car ça me dépanne, mais il faut utiliser les revenus pour payer à l’école.

CAS N°24 : à Bena KABONGO

Sexe    : Masculin

Age : 16 ans, 1er enfant d’une famille de 6 enfants

Parents : Père vivant remarié, négociant du diamant (commissionnaire). Mère décédée à la suite de l’accouchement.

Habitat : maison semi-durable à 4 pièces.

Scolarité : continue, en 2ème année secondaire.

Cas de violence : A l’école, c’est interdit. On évite des problèmes avec la discipline scolaire. Mais en dehors de l’école, si je constate que quelqu’un me provoque et s’il s’enflamme, nous nous enflammons tous. On en vient même aux mains, à échanger les coups. Je suis calme, mais je ne me laisse pas faire.

Sexualité : Nous blaguons avec nos collègues filles mais je ne me suis pas encore intéressé à ce genre de choses.

Projet d’avenir : terminer l’école secondaire ; aller à l’université. Ce que j’irai faire là, je ne le sais pas encore. Que je termine d’abord l’école secondaire.

En cas d’échec de ce projet : si mon projet ne se réalise pas, je vais chercher du travail et me débrouiller comme tout le monde  se débrouille (commerce, diamants, chauffeur, etc.)

CAS N° 25 : à  Bakwa Tshimuna

Sexe    : Masculin

Age : 15 ans, 1er enfant d’une famille de 4 enfants

Parents : Divorcés, Père creuseur parti s’installer dans les mines pour toujours. Mère : découragée et partie en les laissant chez leur oncle paternel. Ce dernier en difficulté avec ses propres enfants n’a pas su les encadrer pour les faire grandir et les scolariser. Sa femme les a renvoyés après huit mois. Alors j’ai cessé d’aller à l’école. A présent, chacun des enfants est allé s’accrocher à une famille, la cadette vit avec la grand mère maternelle, une vieille femme, elle aussi nécessiteuse. Lui-même est à l’église, dans une église de réveil où il s’est fait fidèle et sert à toutes sortes de travaux chez les fidèles et à l’église. Parfois je viens dans les mines, mais ce n’est pas du tout mon point fort.

Activités : balayer à l’église, mettre de l’ordre, envoyé de tous ceux qui ont besoin de moi à des petits travaux et quand il y a à manger on me sert aussi Chez d’autres, nous mangeons ensemble avec eux.

Habitat : précaire, petite maison en brique à dobe et en tôle.

Scolarité : continue, en 2ème année secondaire.

Cas de violence : On ne me violente pas du tout. Seulement d’autres langues méchantes me traitent d’enfant de la rue. C’est ce qui  me fait mal. Bon ! J’accepte.

Sexualité : Moi je prie, je cherche où m’accrocher, je commence à me comporter dans ce sens-là, qui va me supporter dans ces milieux qui m’hébergent !

Projet d’avenir : Je n’espère qu’en Dieu pour m’ouvrir une voie afin que je reconstitue la fratrie dispersée et que, un jour, nous puissions aussi retrouver la dignité.

Que pensez-vous de vos parents qui sont tous en vie et qui vous ont abandonnés ? Ils sont parents, je n’en disconviens pas. Si l’un revient aux bons sentiments personnellement je reviendrai à lui car, mieux vaut souffrir avec ses parents que d’être traité d’enfant de la rue, d’enfant fugueur, du marché… c’est ce qui a manqué à mon père. En tous cas, Dieu pourvoira. Il n’abandonne pas les enfants qui souffrent et qui viennent à lui. Je ne sais pas dire quoi, que Dieu nous vienne en aide, nous donne une occasion de nous tirer d’affaire.

En cas d’échec de ce projet : notre pasteur nous disait qu’il n’a jamais vu, ni appris, ni lu dans la bible un homme en difficulté qui compte sur Dieu et Dieu le déçoit. Je n’ai pas un projet pour moi et pour mes frères.

CAS N°26 : à Boya

Sexe    : Féminin

Age : 16 ans.

Parents : Divorcés, elle est partie avec sa mère dans le village de cette dernière à l’âge de 10ans. Mère tient un restaurant aux mines.

Habitat : petite maison en brique à dobe et en tôles.

Scolarité : Abandon depuis 4ème année primaire.

Stratégie : transport de gravier en groupe avec d’autres femmes et filles (convention verbale avec le recruteur)

Restaurant en groupe avec sa maman (payer avant de manger)

Outillage : Bassins, sacs (transport gravier) ustensiles de cuisine, assiettes et couverts, bidon d’eau à boire de 20 litres.

Pénibilité du travail : transport du gravier très pénible car, nous voulons transporter beaucoup pour être payée beaucoup ce qui entraîne la surcharge du travail.

Au resto, c’est dur seulement entre 9 h et 13 heures, car, il faut être concentrée, servir, avec la vaisselle, récupérer les assiettes auprès des clients exigeants qui veulent manger sur leurs lieux de travail comme les négociants. Puis aller chercher l’eau à boire…

Temps d’exposition au travail : 5 à 6 heures pour le transport de gravier, 4 à 5 heures pour le restaurant.

Circonstance d’entrée dans les mines : j’ai commencé à la demande de maman que je devais aider à transporter les aliments et autres ustensiles de cuisine dès l’âge de 10 ans puis à 12 ans, j’ai carrément abandonné la scolarité.

Cas d’intempéries: on reste sous le hangar que maman a fait construire. Mais quand il pleut avec un vent fort, là, nous et nos clients, nous nous disputons le hangar. Comme il pleut souvent après 13 heures quand nous avons presque tout vendu, nous rentrons au village…

Cas de ratés, d’invendus : c’est rare. Il y en a qui viennent même à le soir, on finit toujours par tout vendre. Nous connaissons la demande minimale en temps difficile et en bonne période.

Cas de violence : Maman est originaire d’ici. Elle a ses petits frères, ses cousins. Qui peut oser nous agresser ? Seulement des jeunes gens lorsqu’ils ont fumé le chanvre ou bu l’alcool, ils ont un langage ordurier, impoli, mais pas une attaque physique.

Sexualité : Silence !…Pourquoi cette question ? J’ai quelqu’un qui m’aime beaucoup, qui voudrait m’épouser, c’est seulement celui-là. Avant lui, il y avait un jeune garçon, que j’aimais moi aussi mais, il a eu des problèmes et il a fuit ici.

Projet d’avenir : me marier, aller fonder ma famille. Comme j’ai appris à faire ce que je fais ici, je vais continuer à pratiquer le commerce.

En cas d’échec de ce projet : Je suis une femme, il y aura toujours un homme qui me prendra en charge. Mais pour vivre je sais me battre en vendant quelques choses dans les mines ou au marché.

Satisfait ? Oui.

CAS N°27 : à Luamuela

Sexe    : Masculin

Age : 14 ans, aîné d’une famille de 6 enfants

Parents : Unis, Père Négociant de diamants, il est souvent en mines. Mère vendeuse dans  une boutique au village.

Habitat : une maison semi durable de 3 pièces.

Scolarité : Abandon scolaire depuis une année en 5ème année secondaire.

Activités : Transport, tamisage, recherche, etc.

Outillage : Bèche, tamis, sacs, etc.

Stratégie : Travail en groupe de 2 ou 3 personnes pour le transport, le tamisage voire pour la recherche. Convention même verbale avec la personne qui nous recrute.

Pénibilité du travail : tout travail dans les mines est dur et cassant. Tamiser par exemple, fatigue plus que transporter étant donné la position (posture de travail) autant que transport.

Temps d’exposition au travail : notre horaire de travail à nous est flexible. Il dépend de l’activité générale sur la mine. Nous ne sommes pas attachés à un puits, nous aidons partout où on nous cherche ou partout où il y a moyen de nous faufiler et trouver notre compte, même en offrant seulement le service de tamisage. C’est pourquoi il y a des jours où nous faisons 6 heures, d’autres 8 heures, voire 9 heurs.

Circonstances d’entrée dans la mine : il y a 3 ans, on avait ouvert une mine très riche, les enfants plus âgés de notre quartier qui travaillaient dans cette mine m’ont invité à faire l’expérience. Ce jour là, bien que je n’avais rien fait de particulier, je me suis vu rémunéré par mes compagnons comme si j’avais travaillé de la même manière qu’eux. Alors j’ai pris goût. J’ai continué  à fréquenter les mines et l’école – jusqu’à …il y a un an, j’ai « baillé « Tchik » c’est-à-dire j’ai abandonné la scolarité.

Cas d’intempéries : en cas de pluie, on s’abrite dans les mitanda de restaurants ou des trafiquants.

La chaleur du soleil et froid sont des ambiances thermiques familières. Beaucoup se mettent à l’abri en fumant la cigarette, le chanvre ou en buvant le « super ». Dans ce cas, on ne sent rien. Certains prennent un café fort le matin pour avoir la force de travailler indépendamment de la chaleur ou du froid.

Cas de raté, de manque : on utilise la réserve de ce que l’on avait gagné avant pour manger aux mines. Mais moi j’ai mes parents, si je rate, je mange chez nous, et je reviens le jour suivant. Quand je gagne l’argent, je donne souvent à maman. Même les pierres (les diamants), mes amis vendent aussi à papa.

Cas de violence : ça arrive, nous avons été agressés par un  groupe de jeunes garçons, plus nombreux que nous et nous avaient frappés. Parce que l’un de nous avait pris un peu de leur gravier dans la main. Les plus âgés sont venus sauver, bon c’est comme ça dans les mines.

Sexualité : on m’y entraîne par les amis qui ont déjà fait, mais moi je n’ai pas encore connu une fille ou une femme.

Projet d’avenir : gagner de l’argent, dès l’âge de 18 ans, commencer le négoce, devenir un grand boss.

En cas d’échec de ce projet : comment je vais échouer ? si je ne gagne pas beaucoup d’argent à la fois, je vais épargner (maman garde pour moi) petit à petit même une année après, je ne peux pas manquer quelque chose qui puisse me permettre de commercer le diamant, c’est la volonté et le courage, on peut commencer même avec 100 $ et fructifier plus que ceux qui débutent avec des gros montants.

Somme toute, en cas d’échec, on va faire autre chose, police, chauffeur motos, etc. Mais moi je crois à ma chance, le diamant paye.

CAS N°28 : à Bena Kabongo

 Sexe    : Féminin

Age : 15 ans.

Parents : Unis, Père agent de l’Etat dans l’administration publique. Mère vendeuse dans les mines et au petit marché 20 m.

Habitat : Parcelle d’un ami de papa depuis plus de 10 ans.

Scolarité : Abandon scolaire depuis deux ans en 1ère année du secondaire.

Activités : vendre avec maman, parfois vendre à sa place quand elle va s’approvisionner ou quand elle va à un deuil par exemple. Sur les mines, dès que l’occasion se présente, nous nous faisons PANACO c’est-à-dire transporteuse du gravier. Et on nous paye.

Outillage : bassins ou sacs pour le transport du gravier.

Bidon d’eau de 20 litres, ustensiles de cuisine, assiettes et couverts, sachets en plastique comme emballage.

Stratégie : travail en équipe ou seul, ça dépend du nombre de bassin dont je dispose et que je peux mettre en jeu.

Vente des produits alimentaires, nous sommes souvent avec maman, si vous voulez, nous sommes en groupe de deux.

Pénibilité du travail : le transport est toujours dur et pénible. Le travail de restaurant est également exigent : faire la cuisine, la vaisselle, servir plusieurs clients qui sont pressés, et mettre la propreté.

Temps d’exposition au travail : ça varie entre 5 et 9heures de travail par jour.

Circonstances d’entrée dans la mine : dès l’âge de 10 ans, maman m’amenait chaque fois que nous n’avions pas cours (congés, vacances…) mais quand j’arrive en 1ère année, on est venu dire à maman que je vivais avec un certain jeune homme, elle a fait des problèmes, papa a su et les deux m’ont interdit d’aller à l’école. Leur décision n’est pas bonne parce que mes collègues qui font la même chose sont maintenant en 3ème secondaire et puis, il y a des hommes ici et partout.

Cas d’intempéries : nous avons ce hangar qui nous abrite, ce n’est pas parfait mais on se cache quand même en cas de pluie et en cas de raté, d’invendus : c’est très rare de ne pas tout vendre, maman connait la mesure de ses clients. Même quand elle me laisse la charge, je prépare les mêmes quantités. Ce qui reste, les gens viennent parfois demander d’acheter à la maison le soir.

Cas de violence : Depuis qu’on vient ici, je n’assiste qu’à des querelles qui se terminent verbalement. Nous n’en sommes pas encore arrivées aux mains avec telle femme ou tel homme. Mais ce genre de querelles c’est courant ; car même un petit garçon peut toujours vous taquiner.

Rapport Sexuel : mes gens ne sont pas ici. Ils sont en ville. Celui pour qui on m’a retirée de l’école me suit toujours, il ne peut pas faire une semaine sans me voir, pendant qu’un autre me courtise encore. Maintenant, je penche pour ce dernier car lui veut m’épouser alors que le premier veut seulement abuser de moi.

Projet d’avenir : me marier à quelqu’un qui m’aime bien, fonder une famille. S’il autorise, moi je peux faire le commerce comme je suis habituée maintenant.

En cas d’échec de ce projet : si mon projet ne réussit pas, je vais rentrer à l’école, car maintenant, même les grandes personnes vont à l’école.

Satisfait ? Oui.

CAS N° 29 : à Bakwa Tshimuna

Sexe    : Féminin

Age : 16 ans, 2ème enfant d’une famille de 5 enfants

Parents : Divorcés.

Père : creuseur

Mère : ménagère devenue vendeuse.

Habitat : une case.

Activités : prostitution (commerce du sexe)

Scolarité : Abandonné depuis que j’avais 12 ans, date à  laquelle je suis venue ici.

Atouts/moyen : elle prend une chambre. C’est son client qui paye dans la facture de la nuitée.

Pénibilité du travail : C’est un travail qui procure du plaisir quand on n’aime le partenaire. Mais si c’est un partenaire que l’on prend pour avoir seulement l’argent ça devient pénible dans deux cas :

Au cas où le partenaire est drogué, il n’en finit pas vite et au cas où le calibre du pénis dépasse les limites du tolérable.

Temps d’exposition au travail : A tout moment, nous sommes disponibles dès qu’il y a une proposition. Nous restons au front entre 10 et 60 minutes, ça dépend du partenaire. Plus il dure plus je monte les enchères.

Circonstances d’entrée dans la mine : Après le divorce des parents, nous sommes allés avec maman qui, lorsque d’autres personnes me suivaient, elle était obligée de nous laisser dans la rue. C’est une fille de notre quartier à Mbujimayi qui vivait déjà ici qui m’a suggéré de venir faire la prostitution, je n’avais que 12 ans, je ne connaissais rien. Mais voilà venue, le même jour un jeune homme vient s’intéresser à moi, j’accepte, j’étais déjà prévenue que ça va faire très mal, mais après on devient réellement femme. C’est avec celui-là que j’ai commencé, on est resté ensemble presqu’une semaine car, je sentais qu’il m’aimait. Après, on m’a dit qu’il faut s’ouvrir à d’autres, un seul tu n’auras pas assez d’argent. Si lui manque, tu plonges dans la souffrance. Dès que j’ai commencé à prendre d’autres, il s’est désintéressé, moi également. C’est comme ça que je suis ici.

Cas d’intempéries : Nous sommes dans nos chambres, nous ne sommes pas concernées par les intempéries.

Cas de ratés : Si je ne trouve pas quelqu’un toute la journée, je cherche même mes anciens partenaires pour trouver à manger ou je prends à manger à crédit dans les restaurants qui sont ici.

Cas de violence : c’est courant ici, au début on me frappait ; mais maintenant quand un garçon me frappe, je résiste et frappe aussi, s’il n’est pas fort, je le ridiculise. Comme nous avons le même niveau tous nous fumons le chanvre, personne ne peut accepter d’être esclave de l’autre…

Projet d’avenir : Si les IST et le VIH/SIDA n’existaient pas, c’est une vie bien, de liberté. Si vous tombez sur quelqu’un qui a l’argent, il vous gâte. L’idéal c’est de se marier, quitter ces milieux, prendre soins de ses enfants.

Si nous sommes ici c’est parce que nos parents ont failli à leurs responsabilités

En cas d’échec de ce projet : Je vais continuer la prostitution en y ajoutant le commerce. Advienne que pourra.

Satisfaite ?  Même si je ne suis pas satisfaite, je n’ai pas de choix maintenant, je me contente de ça.

CAS N°30 : à Bena Kabongo

Sexe    : Féminin

Age : 12 ans, 2ème après un garçon.

Parents : Orpheline de père. La maman ne s’est plus remariée car dit-elle, la déception et son malheur ont été forts.

Habitat : une maison en briques à dobes, en tôles dans une des parcelles de l’oncle maternel.

Scolarité : je ne vais pas à l’école. J’ai abandonné en 3ème année primaire, il y a une année et demie.

Activités : accompagner maman partout où elle se rend (mines ou petit marché du quartier) pour l’aider dans la vente ou pour tout besoin qu’elle peut exprimer…

En termes d’activités diamantaires, il m’est déjà arrivé de transporter le gravier et d’être payée. Le revenu a été cédé à maman. Je ne peux rien faire, car c’est elle qui m’achète les habits, qui me nourrit.

Outillages : bassins, sacs, balai…

Pénibilité du travail : Pas tout à fait pénible. Je ne transporte que ce qui correspond à ma capacité.

Temps d’exposition au travail : Tout le temps que maman est là en train de vendre ou à faire le PANACO, parfois toute la journée mais souvent vers 15 heures ou 16 heures on rentre à la maison. Au petit marché c’est toute la journée.

Circonstances d’entrée dans les mines : Je vous l’ai déjà dit moi, c’est maman qui m’a amenée ici. Je ne me rappelle plus le jour, etc.

Cas d’intempéries : Nous nous réfugions sous ce hangar quand il pleut. La chaleur et le froid c’est la situation normale dans une maison. Il n’y a que la pluie qui dérange l’exploitation, les vendeurs des boissons fortes sont aux anges quand il pleut ou peu après la pluie.

Cas de raté, d’invendus : c’est rare de manquer de vendre Maman calcule avant, quand elle voit que la mine est épuisée ou que les travaux sont à l’arrêt, elle préfère aller au petit marché du quartier.

Cas de violence : on dit que lorsque cette mine était florissante dans les années passées, c’était plein de monde et qu’il y avait la bagarre toutes les 5 minutes. Maintenant avec la baisse de l’affluence, il y a moins de problèmes. Mais personnellement, ne me suis pas battue dans les mines, seulement au village.

Projet d’avenir : Je voulais rentrer à l’école. Mais ce dernier temps maman n’a pas d’argent, elle lutte seulement pour la nourriture. Maintenant je n’attends qu’une chose : quand j’atteindrai l’âge pour me marier, je vais au mariage.

En cas d’échec de ce projet : Et si tu n’as pas de candidat ? Comment je n’aurai pas de candidat. Moi j’aurai quelqu’un qui viendra. Et si cela arrivait, je ne vais pas me pendre, les prostituées vivent, les commerçantes vivent, les veuves qui sont sans maris vivent…et alors !

Satisfaite ? C’est ce travail qui nous permet de vivre. Je ne peux qu’être satisfaite.

En fait, les enfants qui vont travailler dans les mines de diamants poursuivent un objectif pratique : assurer la survie de l’exploitant, de sa famille en contribuant avec des apports au budget familial. Dans une perspective plus éloignée, l’objectif est de créer des richesses par la reconversion en activités de commerce ou de négoce.

Ce double objectif ressort de tous les entretiens réalisés avec les enfants. Tous les propos du genre « suite aux difficultés éprouvées par les parents de payer nos frais scolaires, je suis venu travailler pour payer moi-même.» ; « quand je gagne de l’argent j’aide les parents, je donne à papa ou à maman, je donne à cette dernière pour qu’elle achète à manger » illustrent bien la poursuite du premier résultat.

A quelques exceptions près, des filles notamment, les enfants nourrissent le rêve de se servir des revenus de leur travail dans les mines pour lancer une affaire et créer des richesses.

Aussi, reformulons-nous la question en ces termes : les mécanismes de résilience mis en œuvre par les enfants dans les mines leur permettent-ils d’atteindre leurs objectifs ? Etant donné qu’ils continuent à œuvrer dans ces milieux sans le fuir, mais en s’y accommodant et à en assimilant les caractéristiques, en s’y habituant, nous pouvons dire que ces stratégies sont pour eux rationnelles.

Du point de vue des revenus, aucune comptabilité n’étant tenue par aucun enfant pour quantifier les efforts d’une période de temps donnée, leurs témoignages suffisent à admettre que les revenus qu’ils réalisent permettent d’assurer leur survie et celle de leurs familles.

Déjà, les propos de certains d’entre eux du genre : « je veux gagner de l’argent, me reconvertir en commerçant ou en négociant de diamant », « j’ai le projet de devenir grand boss comme Petit BEYARD , comme le  Gouverneur de Province ou autres témoignent à suffisance qu’il existe réellement un modèle d’identification qui justifie  l’action de ces enfants et soutient la théorie de la résilience. En effet, ces jeunes qui vivent à Mbujimayi et ses environs sont témoins des résultats des aînés qui sont partis du néant, et qui ont connu une véritable ascension sociale grâce à cette activité d’exploitation artisanale des diamants. Si tel est le cas, pourquoi pas eux ? Comment des individus pubères ou adolescents en pleine crise d’identité ne peuvent se frayer un chemin en imitant ceux qui ont réussi parmi eux et autour d’eux ? Il s’agit du Gouverneur de la Province du Kasaï Oriental Alphonse Ngoyi Kasanji qui, avant de devenir Gouverneur était (et est encore) diamantaire, Président du Conseil Provincial des diamantaires (CPD en sigle) et Président National de la FECODI (Fédération Congolaise d’Or et de Diamants).

Au-delà de la survie, donc de l’intérêt financier qui sous-tend consciemment l’action, les enfants creuseurs ne sont pas attachés de façon passive et bornée à leurs activités.

Ils y ont trouvé un autre élément décisif de motivation, c’est le jeu de pouvoir et d’influence auquel ils participent et à travers lequel ils affirment leur existence sociale, malgré les contraintes décrites plus loin. Une certaine autonomie et  une certaine liberté auxquelles ils ont pris goût font qu’on ne peut les retirer de là sans résistance de leur part. Ce serait trop leur demander que d’exiger qu’ils abandonnent sans contrepartie leurs activités. Ils souhaiteraient rester, ne fut-ce que partiellement, maîtres de leur comportement, en contrôlant les sources de pouvoir et leur liberté d’action.

Pour faire face à la pénibilité c’est-à-dire à la charge excessive du travail ou prendre son courage de descendre dans une galerie souterraine à une profondeur de 8 à 15 mètres au moyen d’une corde et y travailler avec tous les risques d’affaissement du sol ou d’éboulement, ils ont la formule, de fumer le chanvre.

S’ils obtiennent des résultats, toutes choses restant égales par ailleurs, la stratégie est rationnelle. Ceci est affirmé par certains garçons lorsqu’ils expriment leur satisfaction à travailler dans les mines compte tenu du fait qu’il n’y a pas mieux.

En ce qui concerne la violence, tous nos sujets reconnaissent qu’elle est le fait des fumeurs de chanvre ou des consommateurs d’alcool. Même si l’enfant n’en consomme pas, il est convaincu que la brutalité, l’injure facile est l’œuvre des drogués ou des ivrognes. Le sujet n°29 qui est une fille, avoue que son métier et la violence qui caractérise les partenaires l’amènent à se droguer afin de se placer à une même échelle d’appréciation des situations que les garçons, ses clients.

Comme on le voit le décès d’un ou de deux parents ou le divorce des parents bouscule l’ordre des rôles et oblige l’enfant à prendre en charge la souffrance, mieux les rôles de l’un des parents, voire des deux.

Travailler dans les mines est perçu par ses enfants comme une opportunité qu’ils ont saisie. Donc, un acte de résilience car il permet de survivre et d’espérer.

En fait,  ces enfants sont des acteurs. Confrontés à une situation de précarité, ils ont choisi, même implicitement d’organiser leur résilience dans l’exploitation artisanale de diamant.

Cette activité présente à son tour des contraintes qui deviennent des nouveaux défis à relever.

A l’issu de cette enquête, il apparaît logique de formuler quelques recommandations à l’intention du pouvoir public ; des organismes de protection des enfants ; des scientifiques ; de la population, des enfants eux-mêmes et de leurs parents.

Au pouvoir public

De promouvoir la vraie croissance économique par la réhabilitation des entreprises de l’Etat et la création d’autres à l’initiative publique ou privée en vue de créer des emplois et de réduire le chômage et la pauvreté de prendre en charge l’éducation non formelle en RDC afin d’assurer le recyclage de la jeunesse éjectée par l’éducation formelle.

Aux organismes de protections des enfants

D’appuyer le Gouvernement  dans la définition des objectifs et la mise en œuvre des politiques de protection et de promotion de ces catégories de citoyens en vue de capitaliser leur potentiel économique au lieu de les considérer comme des sujets marginaux ou victimes.

Aux scientifiques

D’envisager et de conduire des études et des réflexions sur les aspects ergonomiques du travail des enfants dans les mines, sur les aménagements aux fins de réduire la pénibilité du travail, les risques d’accidents et de rendre ce travail économiquement plus rentable ; de concevoir des contenus de formation à la gestion des revenus et des schémas pédagogiques adaptés à ces jeunes.

A la population, aux enfants et à leurs parents

De changer leur vision en considérant que le travail que les jeunes réalisent dans les mines est tout aussi pourvoyeur des ressources pour la famille que les autres activités. Pour cela, il doit être fait avec tout le sérieux possible. C’est pour cette raison que nous leur demandons de manifester un intérêt réel pour les études et la formation tendant à améliorer les conditions de sa réalisation.

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04. juin
2015
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RDC, travail des enfants:témoignage de 30 enfants mineurs

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Cet article est le troisième d’une longue série des billets que nous consacrons au travail des enfants dans les mines des diamants au Kasaï-Oriental en RDC.

CAS N°9 : à Bakwa Bowa

Sexe    : Masculin

Age : 16 ans, 2ème enfant venant après une fille, dans une famille de 7 enfants.

Parents : orphelin de père, mère vivante restée dans la famille de son mari, non héritée par ses beaux-frères

Profession : (de la mère), agriculture (en saison de pluie) et les mines (en saison sèche) : Panaco, vendeuse de tous les produits vivriers sur les mines mais retourne au village.

Activités : creuser, transporter, tamiser surtout, aider les vieux s’ils me le demandent moyennant quelque chose (gravier ou m’acheter à manger).

Habitat : sa case dans la cour de son feu père en brique à dobe avec toiture en paille.

Scolarité : j’ai abandonné la fréquentation scolaire en 2010 lorsque le papa est décédé, j’étais déjà en 5ème primaire, car personne ne pouvait payer pour moi.

Stratégie : nous sommes une équipe de 5 personnes dont moi. Nous travaillons ensemble et nous vendons le produit de notre travail, nous nous partageons l’argent en parts égales. Nous n’avons pas de difficultés selon moi, car moi je suis honnête, je déclare tout ce qui passe par moi.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes… mais ici chez nous, on ne fait pas les « majimba » (trous de 1m de diamètre avec des galeries souterraines), on travaille dans les puits ouverts (mines à ciel ouvert). Donc, nous utilisons rarement les cordes.

Pénibilité du travail : c’est dur, c’est pénible, qu’est-ce qui n’est pas pénible ? Même ceux qui étudient, ils souffrent aussi ; ceux qui transportent les charges en ville, ils souffrent plus que nous.

Temps d’exposition : souvent c’est toute la journée sauf si on trouve un diamant qui peut nous permettre de vivre deux ou trois jours sans revenir dans la mine ; cela de 7ou 8 heures à 17heures environ 9 à 10 heures.

Circonstances d’arrivée dans les mines : « en vacances de 2008, il y avait des difficultés à la maison, maman me soufflera que les enfants de mon âge (10 ans à cette époque) se débrouillaient, je pouvais les suivre. Papa n’a pas refusé. J’y allais, mais je fréquentais l’école jusqu’en 2010 quand papa nous a quittés.

D’ailleurs, c’est quand papa est décédé que j’ai commencé à gagner un peu plus d’argent pour contribuer beaucoup dans la famille. Un de mes grands pères dit que c’est l’esprit de notre papa qui nous aide à avoir de l’argent pour notre survie.

Cas d’intempéries, on s’abrite quand il n’y a pas grand chose. Mais quand on travaille à un puits qui paye bien, pluie ou soleil, ça m’est égal. On peut travailler toute la journée voire toute la nuit, c’est l’objectif qui compte : gagner de l’argent.

Si on passe une journée sans argent (raté) : d’ailleurs on ne gagne pas l’argent tous les jours. On se contente même de 1.000FC (+1USD) voire (2.000Fc) équivalent de 2.15 USD au taux de 930FC/$, juste pour manger et revenir le jour suivant.

Violence : les attaques ne manquent pas. Si l’un de nous est attaqué, nous le défendons en généralisant la bagarre, cela pour nous faire respecter. Depuis, on nous connait et ça fait beaucoup de mois qu’on ne nous agresse plus. Les bagarres isolées ne manquent pas, bousculades, propos provocateurs, utilisation abusive des outils d’autrui sans permission, affaires des filles, voilà…

Sexualité : chacun de nous a déjà connu une fille ou une femme. Si tu ne le fais pas, les filles te provoquent, si tu veux faire le pasteur, tous les autres se moquent de toi, bon, on y va.

Alcool et drogue : je bois, je fume la cigarette à cause du froid, mais le chanvre non, car on dit qu’on peut devenir fou. Une fois, j’avais envoyé et j’ai senti que c’est très fort, j’ai juré de ne plus essayer.

Projet d’avenir : gagner de l’argent, devenir trafiquant, ou aller faire le commerce à Mbujimayi.

En cas d’échec de ce projet : on va faire comme tout le monde, chercher autre chose à faire, travailler même comme ouvrier quelque part ; on va toujours vivre. Dieu est un Dieu de merveilles.

Satisfait ? Oui. Ce travail paye papa. Quand ça paye, on oublie la souffrance…

CAS N°10 : à Bakwa Bowa

Sexe    : Masculin

Age : 14ans, 3ème d’une famille qui compte 6 enfants.

Parents : vivants, unis.

Profession du père : enseignant.

Activités : transport du gravier, tamisage, recherche.

Habitat : une petite maison en brique à dobe en tôles…

Scolarité : continue la scolarité et est en 5ème primaire (retard scolaire évident)

Stratégie : travail en groupe de 3.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité : c’est dur lorsqu’on se dispute le travail de transporteur et lorsqu’on transporte le gravier car c’est lourd, mais comme nous cherchons l’argent, on prend toujours plus.

Temps d’exposition : pour moi c’est 4 à 5 heures par jour comme je vais encore en classe. Sauf quand il y a un puits qui paye, là on s’absente de l’école et on travaille toute la journée. Il y a donc lieu de comprendre les raisons de son retard scolaire.

Circonstances d’arrivée dans les mines, « ici papa, tous les enfants de notre âge vont chercher l’argent dans les mines. Les parents sont tous d’accord y compris ceux des trafiquants. Si quelqu’un vous dit que des enfants ne vont pas aux mines, il vous trompe, peut-être les plus petits. Mais à 11, 12, 13 ans, faux ! A moins qu’il les mette à Mbujimayi mais pas ici ». (Influence de l’environnement).

Cas d’intempéries : nous nous abritons dans les hangars de restaurants ou chez les gens qu’on connait ou restent les négociants en cas de pluie.

Cas de raté : « on n’a pas l’argent tous les jours, surtout moi, je suis habitué car, je vais à l’école. Je mange chez mes parents. Quand je gagne l’argent, je donne aussi à mes parents. C’est pourquoi je n’ai pas de problème que je manque de l’argent ».

Violence : les mines de diamants sont un lieu de tout le monde, fous, bandits, fumeurs de chanvre, des gens bien… tout le monde. C’est pourquoi, il faut s’attendre à tout. J’ai déjà été giflé par un vieux qui voulait m’arracher mon tamis pour tamiser son gravier lorsque j’ai voulu résisté, il m’a giflé. Pourtant je n’étais en faute ! ».

Sexualité : « l’un d’entre nous fait ça mais moi pas encore. Papa insiste parce qu’il y a le SIDA, même chez les filles ».

Projet d’avenir : Etudier jusqu’à devenir même mécanicien pour travailler comme mécanicien quelque part.

En cas d’échec de ce projet : comment ? en cas de manque d’argent ou d’échec, si cela arrive, bon, je vais faire tout pour avoir l’argent et aller faire même le commerce en ville ou trouver un autre travail. Je vais lutter comme tout le monde.

Satisfait ? Oui. Si je n’étais pas satisfait, je ne pouvais pas venir ici.

CAS N°11 : à Bakwa Bowa

Sexe    : Féminin

Age : 12 ans, 2ème d’une famille de 4 enfants (le 5ème étant décédé)

Parents : Unis, père creuseur, mère vendeuse sur le site de « Dix Zaïres ».

Activités : transporter les produits que maman vend sur les mines, la laisser puis rentrer à la maison, avant le décès du cadet, elle gardait le bébé, les jours où elle était libre, ou pendant les vacances et les jours fériés.

Habitat : une maison en brique à dobes en tôles

Scolarité : élève inscrit régulièrement en 4ème année primaire.

Matériel : pas d’outils – travail d’appui à maman, pas de travail qui rapporte un revenu.

Pénibilité du travail : seulement lorsque ce que je transporte pèse, sinon, pas de pénibilité du tout.

Circonstances d’arrivée dans les mines : accompagner maman pour l’aider à transporter les produits alimentaires qu’elle vend.

Cas d’intempéries : Papa a construit pour maman un « mutanda » et pour lui-même lorsqu’il préfère rester quelques jours là-bas.

Violence : Je ne suis pas concernée par la violence à titre personnel, mais sinon, les gens se querellent voire en viennent aux mains, même pour un petit rien.

Sexualité : à mon âge ? Non, les grandes filles font mais moi, je n’y suis pas encore. Papa et maman disent que moi je dois étudier pour être comme les autres dames que nos voyons ou dont on entend parler se livrent à la prostitution.

Projet d’avenir : Etudier jusqu’à l’université si les moyens le permettent.

En cas d’échec de ce projet : on verra en ce moment là. Moi je vais étudier même déjà adulte, même mariée, je vais demander à mon mari de m’aider à réaliser mon rêve et celui de mes parents.

Es-tu satisfaite de venir rester dans ces milieux ? Les choses que je vois m’apportent la distraction, m’amusent, mais moi je suis élève.

CAS N°12 : à Bakwa Bowa

Sexe    : Masculin

Age : 16 ans, 1er d’une famille de 6 enfants

Parents : Unis, père négociant de diamants (mieux commissionnaire) et mère prépare ses beignets et les vend ainsi que les cacahouètes.

Activités : creuser, transporter (PANACO) le gravier, tamiser faire la recherche quand il n’y a pas une mine ouverte.

Scolarité : j’ai arrêté en 1ère année du secondaire en mai 2012.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité : creuser et transporter c’est un travail difficile, exigeant en force (énergie), mais les autres m’aiment parce que je suis fort malgré mon âge.

Temps d’exposition : quand il y a une mine à laquelle nous travaillons, c’est du matin au soir environ 8 à 9 heures. Quand il n’y a pas de puits, la recherche ou d’autres activités peuvent nous prendre un temps variable : 4, 5 ou 6 heures le cas échéant.

Circonstances d’arrivée dans les mines : les amis m’ont invité, je les ai suivis. Papa ne voulait pas, mais notre produit du premier jour c’est lui qui nous l’avait acheté à 18.500FC soit 20$ à l’époque (2011) ;

Il ne m’a pas empêché d’aller aux mines, puis j’ai pris goût, j’ai arrêté la fréquentation scolaire.

Cas d’intempéries : « nous nous abritons contre la pluie ;  mais, contre le froid et la chaleur on s’en fout ; c’est normal. On s’est déjà « blindé » c’est-à-dire que chacun a déjà pris un stimulant de son choix : café, thé, super, « Cok » (chanvre indien), on ne sent plus rien, le boulot marche.

Violence : Tels que nous sommes-là, nous constituons une armée. Personne ne peut se jouer de nous. Nous sommes prêts à tout, même prendre quelqu’un le jeter dans la rivière, quand on touche à nos intérêts nous faisons une bagarre généralisée. En tout cas, on nous craint, notre groupe quoi !. C’est le seul moyen de nous protéger »

Sexualité : comme je marche avec des gens plus âgés que moi, ils m’ont entraîné, c’est depuis une année que j’ai connu une fille. Depuis lors, bon quand l’occasion se présente, je fais.

Et les stupéfiants : « je prends tout (c’est-à-dire y compris le chanvre). Moi, ça me donne la force de travailler, je ne provoque pas les gens, mais si on me provoque, je réagis du tic au tac ».

Projet d’avenir : creuser le diamant, si la chance me sourit, j’ai l’argent, je deviens « Boss ».

En cas d’échec de ce projet : nous irons partout où il y a du diamant, nous finirons par avoir l’argent pour commencer une affaire. Nous, on n’accepte pas la défaite. Nous lutterons toujours. Un jour vous aurez de nos nouvelles.

Satisfait ? Très satisfait. Il nous arrive de gagner de l’argent.

CAS N°13 : à BOYA

Sexe    : Masculin

Age : 13 ans, aîné d’une famille de 2 enfants.

Parents : Unis, père creuseur, polygame, avec mère vendeuse des poissons fumés au marché de Boya.

Activités : tamisage.

Scolarité : il continue à fréquenter l’école, mais accuse un véritable retard scolaire (5ème primaire)

Matériel : bêche, sacs, tamis.

Pénibilité du travail : Pas trop pénible, tamiser fait mal, car on est incliné si on a beaucoup de gravier. Mais comme nous y allons souvent à 3, on alterne dès que l’un est fatigué, l’autre le relaye.

Circonstances d’arrivée dans les mines : Mes amis m’ont invité. Un jour quand j’étais renvoyé de la classe pour n’avoir pas payé les frais scolaires.

Cas d’intempéries : ici, comme vous le voyez, il n’y a pas d’abris, quand il pleut, nous sommes mouillés, le soleil et le froid c’est notre lot quotidien. Il suffit « de porter le chapeau » c’est-à-dire boire une boisson très forte ou fumer le K.O. (chanvre indien), on ne sent ni chaleur ni froid.

Violence : moi je n’aime pas me bagarrer. Chaque fois que les autres nous provoquent, je préfère me retirer et je vois que ça va, on finit par s’entendre. Mais les fumeurs de chanvre se battent sans réserve.

Sexualité : A mon âge, c’est s’attirer la malchance. Ce sont des affaires des gens plus grands que moi. Je sais que de nombreux jeunes s’y essaient (filles et garçons) mais moi, je ne m’intéresse pas à ces choses là maintenant.

Projet d’avenir : travailler, avoir l’argent, payer  mes études, terminer et devenir un haut fonctionnaire, un homme politique. Mais jusqu’à présent ça va, car je trouve l’argent et je paye.

En cas d’échec de ce projet : si je n’arrive pas à le réaliser, je vais faire les affaires : commerce ou négoce du diamant.

 CAS N°14 : à Boya

Sexe    : Masculin

Age : 17ans.

Parents : décédés tous les deux

Je reste avec ma grand-mère maternelle chez qui j’ai évolué pendant les cinq dernières années.

Activités : creuser, transporter le gravier, voire tamiser, faire la recherche…

Scolarité : abandon scolaire à 13ans  (depuis 2010) en 5ème primaire.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité du travail: c’est dur, pénible, mais c’est comme ça avec tous les travaux manuels. Mais c’est rien quand ça paye.

Circonstances d’arrivée dans les mines : j’avais encore 10 ans, j’accompagnais mon grand frère que j’aidais, c’est lui qui m’a appris à travailler comme aide : fais ceci, je fais ; prends cela, je prends, etc. Puis, j’ai appris à tamiser, à transporter le gravier et maintenant je participe à toutes les activités de la chaîne de production, du cadrage d’un puits au piquage du diamant et à la vente.

Stratégie : travail en équipe. Nous respectons les règlements dans les mines comme je ne suis pas originaire, j’évite des problèmes. Je me fais toujours serviable.

Temps d’exposition : ce n’est pas tous les jours parce qu’il y a des jours où nous ne venons pas aux mines, nous nous reposons à la maison. En général nous mettons 8 à 9heures/jour.

Cas d’intempéries : Ah, s’il pleut on se mouille, il n’y a pas d’endroit où nous abriter. Contre le froid et le soleil, les uns fument, les autres boivent du « super ». Moi…moi, je suis aussi un homme, seulement moi je ne fume pas, je  prends un peu d’alcool « 500 » ou « super » pour me réchauffer le corps.

Violence : avant c’était régulier. Mais ce dernier temps avec le ralentissement des activités, les bagarres sont devenues rares. Beaucoup de conflits éclatent toujours entre les gens qui se cherchent, qui ont un antécédent fâcheux. Personnellement j’évite des problèmes comme je ne suis pas d’ici.

Sexualité : ici, même les pasteurs tombent toujours. Même si tu n’avais pas ça en tête, le fait de vivre ici, boire, côtoyer ces milieux, on finit par avoir une femme ou une fille. Je ne peux pas mentir, j’en connais 3 ou 4 car il n’y a pas moyen de se fixer sur une seule. Ceux qui ont de l’argent vous l’arrachent et vous commencez à vous faire des soucis.

Projet d’avenir : je prie Dieu pour qu’il me vienne en aide afin que je gagne un montant important d’argent et que j’aille faire le commerce ou chercher quelque chose à faire car le diamant est en train de s’épuiser.

En cas d’échec de ce projet : là nous verrons toujours ce qu’il faut faire, même les champs pour vivre on peut faire. Déjà maintenant, il y a des jours où j’accompagne ma grand-mère au champ car, en plus de ce que je lui donne, nous vivons les produits de son champ.

Satisfait ? Oui. Pourquoi pas.

CAS n°15: à Boya

Sexe    : Masculin

Age : 15 ans.

Parents : Unis, Père tenancier d’une boutique autour du marché. Maman est une bouchère (vend le caprin)

Activités : creuser, transporter le gravier, voire tamiser, faire la recherche…

Scolarité : Abandon scolaire en 6ème primaire, il y a deux ans.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité : c’est un travail dur, exigeant beaucoup d’endurance, un faible se casse et fuit. Nous autres, nous nous sommes adaptés parce que nous suivons le rythme des vieux ; c’est-à-dire un temps. Un temps ce qui veut dire tout ce qu’ils font, moi je fais comme eux (en détails travailler à leur rythme, boire, fumer se blinder comme eux…).

Stratégie : Nous sommes un groupe de 7 garçons entre 15 et 21 ans pour attaquer un trou nouveau, travailler  jusqu’au bout. Mais les travaux de tamisage, de recherche, là deux ou trois d’entre nous s’entendent et font le boulot.

Temps d’exposition au travail : généralement c’est de 8 à 17 heures (9 heures de travail).

Circonstance dans lesquelles vous avez commencé : des cousins avaient un puits, ils sortaient déjà le gravier. Ils m’ont invité (11ans) à aller profiter en me faisant aussi transporteur. J’ai accepté, ni papa, ni maman, personne ne s’y était opposé car lorsqu’ils me parlaient c’était chez nous et en leur présence.  Je suis parti, j’ai eu l’argent (31.000FC soit l’équivalent de 33.69 USD au taux de 920 FC/$USD). J’ai donné à papa tout. C’est comme ça que j’ai pris goût et quand il y a eu une importante activité pendant l’année scolaire, j’ai préféré aller aux mines…

Cas d’intempéries : Ici, il n’y a pas moyen de s’abriter, on sort du trou et on se mouille. Si on n’a pas eu le temps de rentrer à la maison. Le boulot ou quelque chose d’autre peut réchauffer le corps, vous ne sentez rien.

Violence : si je suis seul, je peux éviter la bagarre. Mais si l’équipe est au complet, nous sommes prêts à tout. On se bat, on nous arrête, nous payons les amendes, la vie continue.

Quand vous manquez l’argent : là, je vais chez mes parents manger, car je n’ai pas encore quitté complètement mes parents. Je dors avec les amis, nous travaillons avec eux, mais chacun est censé être encore chez ses parents ou ses relations.

Sexualité : ce sont des choses que je ne faisais pas, mais il y a seulement 2 mois, l’un des vieux avec qui je travaille m’y a entraîné en créant une occasion après m’avoir acheté l’alcool (super). J’avais toujours horreur lorsque j’entendais dire : « le SIDA tue beaucoup » et passe par les rapports sexuels, quand j’ai fait ça, je suis resté me condamner car je n’avais pas porté la capote.

Projet d’avenir : Ici chez nous, il y a encore beaucoup de diamants. Notre malheur c’est la société des chinois qui vient nous bloquer en prenant une grande concession, nous empêchant d’évoluer à l’aise. Mon projet à moi c’est d’avoir beaucoup d’argent, devenir un grand boss.

En cas d’échec de ce projet : Ah là, on va même se faire engager chez les chinois, l’essentiel étant que ma famille que je vais fonder trouve à manger. Même là, dès qu’une occasion s’offre, je pique et je m’en vais faire des affaires.

Satisfait ? Oui, mais, où est-ce qu’il y a mieux ?

CAS N°16 : à Boya

Sexe    : Masculin

Age : 12 ans.

Parents : unis, 2ème enfant d’une famille de 5 enfants vivants. Il vient après une fille (aînée).

Professions parents : creuseur (papa), ménagère (maman) mais fait un peu de tout : champ, Panaco, vente feuille de manioc et aubergines…

Habitat : une case en tôle à 3 pièces

Activités : Aider, ramasser, transporter, tamiser, faire la recherche…

Scolarité : Continue en 5ème primaire.

Matériel : sacs, tamis, cordes…

Pénibilité du travail : le travail d’extraction, ce sont mes oncles qui le font. Moi je viens seulement comme aide, pour apporter ceci ou cela et pour ramasser les outils, le gravier tombé.

Circonstances d’arrivée dans les mines : papa ne m’avait jamais demandé de l’accompagner au diamant. Ce sont mes oncles et quand ils m’ont amené, papa n’avait pas refusé. Il a dit seulement : « même si tu ne vas pas dans les mines, ce n’est pas une fin pour toi. Tu dois continuer à aller à l’école. Comme j’étais le 3ème de ma classe en 4ème année,…mes parents m’encouragent toujours à étudier.

Stratégie : Je suis dans le groupe de mes oncles (petits frères de mon père et de ma mère respectivement âgés de 19ans et de 17 ans).

Cas d’intempéries : En cas de pluie, on est mouillé, on se réchauffe, on continue le boulot et les habits sèchent.

Froid et chaleur sont notre lot quotidien, nous ne nous en préoccupons pas beaucoup.

Violence : moi je ne me bats pas, même si je suis l’objet de provocation, mes oncles interviennent. Si papa est dans la même mine, il monte le ton et je suis tranquille.

Quand vous ne gagnez rien dans une journée : ça arrive souvent. Je rentre seulement chez nous, je vais manger ce que mes parents ont trouvé pour nous. Car moi je gagne quelque chose, je remets à papa ou à maman, je garde seulement un peu pour les ciné-vidéo, ou pour l’un ou l’autre objet classique.

Sexualité : Rien, c’est pour les païens. A mon âge, c’est que je suis envoûté !

Projet d’avenir : étudier, devenir médecin ou un infirmier, bref travailler à l’hôpital.

En cas d’échec de ce projet : « Non, papa va payer, même mes oncles vont m’aider par tous les moyens. D’ailleurs, ils disent qu’ils feront tout pour me soutenir comme je suis intelligent en classe ».

Et si vous gagnez beaucoup d’argent, vous n’allez pas abandonner ? « Non, je donne à papa qui fait le commerce, et avec ça je vais étudier pour devenir un homme instruit…».

Satisfait ? Oui, l’ambiance générale est bonne.

CAS N°17 : à Luamuela

Sexe    : Masculin

Age : 17ans, 1er d’une famille de 8 enfants.

Parents : cultivateur, avec maman vendeuse des poissons fumés et salés au marché.

Activités : creuser, transporter le gravier, voire tamiser, faire la recherche…

Scolarité : abandon en première année du secondaire par manque de frais scolaires.

Habitat : une case en briques à dobe et en paille.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité : le travail d’exploitation artisanale de diamants est toujours un travail pénible, laborieux. Mais si quelqu’un ne veut pas le faire, il n’aura rien.

Circonstances d’arrivée dans les mines : j’ai commencé à aller dans les mines sur invitation des mes amis et avec encouragements de ma mère, j’avais alors 11ans. Puis j’ai pris goût tout en allant à l’école.

Stratégie : nous sommes un groupe de trois amis, mais il nous arrive d’élargir le groupe à d’autres jeunes si le travail l’exige.

Temps d’exposition : entre 8 et 9 heures par jour mais pas  nécessairement chaque jour.

Cas d’intempéries : Si on est sur un puits et qu’il y a pluie, nous suspendons les travaux pour nous abriter dans les hangars de resto puis nous voyons s’il faut continuer ou arrêter. Le froid et la chaleur ne constituent aucunement un empêchement pour travailler. Les produits efficaces sont là pour changer tout ça en beau temps.

Violence : ça dépend. Si ce sont des catcheurs, là nous fuyons car personne ne leur résiste. Mais les jeunes de notre âge, nous nous battons, advienne que pourra. Mais la provocation provient souvent des produits dont j’ai parlé plus haut (alcool « super », chanvre, diazépam…) ou d’un langage déplacé, de mépris…

En cas de raté : si on a rien, on rentre bredouille mais le jour suivant nous revenons. C’est comme ça non, est-ce que papa, vous qui travaillez, on vous paye chaque jour. C’est seulement à la fin du mois. C’est comme nous aussi ; un jour nous gagnons, l’autre nous ratons.

Sexualité : Ici, c’est rare de trouver quelqu’un de notre âge qui gagne l’argent et qui ne connait pas les femmes, car le décor est planté pour ça. Les grandes nous y poussent, les filles qui ont commencé la prostitution très tôt nous y poussent. Ici même les hommes d’églises succombent.

Projet d’avenir : gagner l’argent, devenir un grand boss. Dans la vie, ce qui compte c’est d’avoir des moyens, ce qui me dépasse sera fait pour moi par les personnes instruites que je vais engager.

En cas d’échec de ce projet : on verra en ce moment là qu’est-ce qui est économiquement bénéfique. On va se réorienter. On fera comme tout le monde.

Satisfait ? Oui. Ce boulot est une planche de salut pour nous.

CAS N°18 : à Luamuela

Sexe    : Masculin

Age : 16 ans, 5ème d’une famille de 11 (m. polygamie).

Parents : décédés tous les deux.

Habitat : Je suis chez les amis, nous sommes avec celui qui vient de parler avec vous c’est-à-dire le cas n°17.

Activités : creuser, transporter le gravier, voire tamiser, faire la recherche…

Scolarité : abandon scolaire à 13ans  (depuis 2010) en 5ème primaire.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mines, cordes…

Pénibilité : c’est un travail dur et à risque d’accident ; c’est pourquoi les gens disent que nous fumons le chanvre, nous le faisons pour avoir la force de travailler longtemps sans nous fatiguer, mais aussi c’est pour faire face à toutes les éventualités. C’est un travail qu’il ne faut pas faire avec la logique, celle des gens comme vous là. Non. Nous c’est un temps, un temps !

Circonstances d’arrivée dans les mines : j’ai grandi orphelin pratiquement, dès l’âge de 10 ans, la solution pour moi était d’aller dans les mines. Je ne me rappelle même pas comment.

Stratégie : Nous sommes une équipe de 3 amis mais nous pouvons nous associer à d’autres, si le travail l’exige.

Temps d’exposition : 7 à 8 heures par jour ceci varie d’un jour à l’autre.

Cas d’intempéries : nous allons nous abriter sous les hangars de resto en cas de pluie, mais le soleil et froid sont notre nourriture quotidienne. On travaille sous le soleil accablant et même sous le froid glacial.

Violence : En foot, on dit que la meilleure défense c’est l’attaque. Pour défendre ses intérêts et soi-même, il faut accepter de se battre, on ne peut rien gagner en diamant sans témérité, c’est pourquoi « nous on boit », « on fume » même le chanvre, « on se bat », voilà la logique que beaucoup comprennent ici.

En cas de raté : manque d’argent, éboulement…. On accepte et on recommence le jour même ou le jour suivant partout il y a des difficultés.

Sexualité : ça fait partie de la vie ici. Le climat, l’atmosphère, l’ambiance générale amène toujours des jeunes gens à le faire ; bon moi aussi.

Projet d’avenir : Moi c’est mon travail, je n’ai pas étudié, je suis orphelin, c’est ça mon emploi. Je vis du diamant. Je prie seulement que Dieu me bénisse afin de ramasser une grosse pierre (un gros diamant), pouf ! C’est parti, je deviens homme d’affaire.

Satisfait ? Oui.

En cas d’échec de ce projet : Nous vivrons comme tout le monde, même cultivé si c’est ce qu’il faut faire, je le ferai. J’ai la force de travailler partout.

 CAS N°19 : à Luamuela

 Sexe    : Masculin

Age : 13 ans, 1er d’une famille qui compte 6 enfants dont deux chez la marâtre.

Parents : Divorcés : enfant resté avec le père ; à 10 ans, la marâtre commence à le maltraiter, il y a deux ans, il a commencé à fréquenter les mines.

Activités : transport de gravier, tamisage, recherche.

Habitat : une petite maison en brique à dobe et en tôle, à deux pièces.

Scolarité : Abandonné depuis l’année passée (à 12 ans) en 5ème primaire.

Stratégie : travail à 2 ou à 3. Nous dormons chez notre ami qui a son petit palais dans la cour de ses parents

Matériel : bêche, sacs, tamis.

Pénibilité du travail : c’est le transport qui est dur, car le gravier, on le lave, on le pèse, et après, il faut transporter une grande quantité pour être bien rémunéré. C’est ce qui rend la tâche lourde et pénible. Mais si quelqu’un veut transporter peu c’est son problème, il sera payé peu.

Temps d’exposition : on va le matin et on revient le soir c’est-à-dire de 8 heures à 17 heures (8 à 9heures). Mais pas tous les jours. D’autres jours, nous revenons vers 13 heures ou 14 heures.

Circonstances d’arrivée dans les mines : Ici à Luamuela quand vous voyez les enfants de votre âge aller aux mines, en revenir avec l’argent, ils achètent des petites choses, payent pour entrer dans les ciné-vidéos, vous êtes aussi poussé à y aller. Les enfants du quartier avec qui nous vivons m’y ont invité. Je n’ai pas hésité. Il y a deux ans que je viens dans les mines.

Cas d’intempéries, on se cache ou on s’abrite dans des hangars des mamans qui vendent les aliments (restaurants) ou des négociants.

En cas de ratés (manque d’argent, accident…) : quand on manque, on rentre. Si nous avons vraiment tout raté, nous demandons même un peu d’argent à nos vieux à qui nous vendons le diamant. Ils nous aident souvent comme ça. Même malade sans argent, je demande à un boss, 500FC j’achète les médicaments, je prends.

Cas de violence : les plus forts dérangent les gens. Les plus grands se battent, mais moi je me retire toujours parce qu’un jour un vieux m’avait giflé, personne ne m’avait défendu.

Sexualité : non, moi je n’ai pas encore fait ces choses là. A mon âge ci, je ne peux pas fumer même le chanvre que les autres prennent, moi je n’ai pas encore essayé.

Projet d’avenir : Moi, je désire avoir de l’argent, acheter des articles d’alimentation et commencer petit à petit mon commerce pour avoir beaucoup d’argent comme «  Petit Beyard ».

En cas d’échec de ce projet : Si Dieu le veut, je vais réussir. Si ce n’est pas la volonté de Dieu, ah, je serai cultivateur, aller même à la police. De toute façon, nous trouverons toujours quelque chose à faire.

Satisfait ? Très satisfait. Que puis-je faire d’autre ?

CAS N°20 : à Luamuela

 Sexe    : Masculin

Age : 16 ans, orphelin de père, 2ème après une fille dans un ménage qui en compte 7.

Parents : Père décédé, mère vendeuse des produits vivriers sur le marché de Luamuela et parfois dans les mines.

Activités : creuser, transporter, tamiser, recherche…, toutes les activités de la chaîne de production. Si on ne fait pas ça, on chôme.

Habitat : précaire, petite maison en brique à dobe et en tôle.

Scolarité : Abandon scolaire, il y a 4 ans coïncidant avec le décès de son père, c’est-à-dire qu’après le deuil, il n’est plus allé à l’école alors qu’il était en 5ème primaire.

Stratégie : Nous sommes un groupe de 4 amis. Nous travaillons en respectant les règles du métier pour éviter des problèmes inutiles avec les chefs du village ou son comité de mines.

Matériel : bêche, sacs, tamis, barre à mine, cordes, machette, etc.

Pénibilité du travail : exploiter une mine est toujours pénible. C’est le prix que nous payons pour avoir l’argent, il glisse l’adage luba qui dit « bilengela mbiasa mu nkelenda » littéralement «  le bonheur est placé au milieu des épines » ou mieux encore, « il n’y a pas de rose sans épines ».

Temps d’exposition : on travaille par jour ; ça varie mais le boulot se fait entre 8 et 10 heures avec repos pour manger si on a un peu d’argent.

Circonstances d’entrée dans les mines : Du vivant de papa, je partais déjà pour aider les plus âgés pour ramasser de petites quantités de graviers, voire pour transporter. Ce sont des amis du quartier déjà expérimentés qui m’ont invité et personne ne s’y était opposé.

J’avais 10ans/11ans. Après la mort de papa, j’ai abandonné l’école et je suis devenu creuseur…

Cas d’intempéries : en cas de pluie, nous nous abritons dans les hangars des négociants ou des restaurants. Souvent ça ne suffit pas, bon si on n’a pas trouvé un bon refuge, on se mouille, quitte à se réchauffer avec le café, l’alcool super ou du whisky ou encore de la cigarette voire du chanvre.

En cas de ratés (manque d’argent, accident): si on manque, on travaille sans rien gagner, c’est le cas souvent, nous n’en faisons pas un problème. Même les commerçants au marché rentrent parfois bredouille non ! Ça arrive, nous acceptons et revenons le jour suivant. Papa si nous ne creusons pas le diamant, nous allons faire quoi d’autres ? Avant les gens étudiaient pour aller travailler à la MIBA. Aujourd’hui, la MIBA est en faillite, nous autres nous nous occupons en faisant ce travail.

Cas de violence : Ici si vous êtes gentil, on va vous marcher sur les pieds. Nous veillons seulement à ce que nous ayons raison dans le conflit. Si nous sommes sûrs que la raison est de notre côté, nous nous battons jusqu’à se fatiguer ». C’est comme ça que nous pouvons faire une semaine de travail sans problème. Sinon, n’importe qui peut toujours venir vous provoquer pour vous amener à la bagarre.

Sexualité : je ne peux pas vous mentir. J’ai même une fille qui m’aime beaucoup. Elle est ma femme. Je pouvais même espérer l’épouser mais si vous épousez une femme que vous avez rencontrée dans ces conditions,…

Projet d’avenir : creuser le diamant, s’il n’y a plus beaucoup ici, nous irons là où il y en a encore pour avoir de l’argent, commencer le trafic, le négoce ou se convertir en une autre activité, même commerciale…si j’avais continué avec les études, là je pouvais aller travailler dans une société ou chez l’Etat.

En cas d’échec de ce projet : au cas où je ne réussis pas ce rêve, je trouverai toujours autre chose à faire, même devenir chauffeur Moto, ou chauffeur tout court.

Satisfait ? Moi ce travail remplace mon père. S’il n’y avait pas de diamants, nous autres, nous allions faire quoi ?

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28. mai
2015
Non classé
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RDC, travail des enfants: témoignage de 30 enfants mineurs

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Cet article est le deuxième d’une longue série des billets que nous consacrons au travail des enfants dans les mines des diamants au Kasaï-Oriental en RDC.
CAS N°4 : à Mbujimayi Bena Kabongo + Bena Mabika
Sexe : Masculin
Age : 12 ans, 3ème d’une famille de 5 enfants, il fréquente les mines de diamants pour aider les parents et payer à l’école…
Parents : unis (père creuseur de diamants, mère vendeuse d’eau et/ou de pains)
Habitat : une maison en briques à dobe et tôles.
Activités : transport de gravier (PANACO) et aide-tamiseur
Stratégie : travail en groupe de 3 y compris son frère aîné.
Position : 3ème en famille, membre de l’équipe de travail.
Outillage : Sacs en raphia, bêche, petit seau de 10 livres en plastique.
Pénibilité du travail : le travail est dur, seulement lorsque nous voulons transporter des charges lourdes de gravier pour pouvoir être payé quelque chose de consistant.
Temps d’exposition : ça varie d’un jour à l’autre. Lorsqu’il y a un puits qui paye, nous travaillons toute la journée. Mais si c’est la débrouille, nous faisons la recherche ou les « bikumbakumba ».
En cas d’intempéries, des ratés, du manque d’argent : nous nous abritons comme tout le monde sous des hangars qui servent de restaurants, d’autres vont sous les stands des négociants. Parfois on se chauffe au feu en cas de froid.
En cas de violence : il faut réagir sinon on va vous malmener ici. On respecte seulement ceux qui sont forts. Nous autres, nous vivons grâce à Dieu. Lorsque des mauvais garçons fumeurs de chanvre arrivent ici, ils veulent gagner l’argent en arrachant les vivres aux restaurants, les graviers surtout aux plus petits que nous sommes.
Projet, perspective d’avenir : je suis encore jeune et peut retourner à l’école, en 4ème année primaire où j’étais ou dans un centre d’éducation non formelle des affaires sociales ou bien chercher l’argent ; puis me reconvertir en autre chose (commerçant, trafiquant ou autre, soldat).
Satisfait de ce travail ? Oui, parce qu’on a quelque chose, mieux vaut ça que rien.
CAS n°5 : à Bakwa Tshimuna
Sexe : Masculin
Age : 15 ans, 6ème d’une famille de 9 enfants.
Scolarité : abandon scolaire, il y a 2 ans, je creuse le diamant depuis 2011 : au début pour payer les frais scolaires, maintenant pour aider les parents.
Parents : vivants, unis cultivateurs tous les deux. Ils encouragent le travail de leur enfant, car ils sont sérieusement secourus par les gains qui en résultent.
Habitat : une case en paille
Activités : creuser, transporter, tamiser, moi je fais tout, sauf l’exploitation sur le lit de rivière. Travail individuel ou de groupe, les autres passent nuit chez lui, dans son château qu’il a dans la cour de ses parents.
Stratégie : travail en groupe, fume le chanvre, soit l’alcool, signe des conventions.
Position : leader du groupe.
Outillage : fil nylon, barre de mines, bêches, tamis, sacs, petit seau de 10 livres en plastic…
Pénibilité du travail : le travail d’exploitation de diamants est pénible, car creuser est toujours dur, on fait face à des pierres, à la terre argileuse, parfois à l’eau qui sort du puits ou à tout cela à la fois.
Temps d’exposition : il varie selon les jours, si on trouve vite quelque chose, on ne travaille plus, pour aller vendre et profiter de l’argent qu’on a gagné. Mais, il y a des jours où nous travaillons toute la journée.
En 2011, il y avait beaucoup de difficultés, il n’y avait pas moyen de payer les frais scolaires, j’ai commencé à creuser pour payer ces frais, puis j’ai abandonné, je continue à chercher de l’argent dans le secteur du diamant.
En cas d’intempéries, des ratés, du manque d’argent : Ici chez nous, nous courons et rentrons à la maison s’il y a menace de pluie car, il faut redouter les effondrements.
Réactions : on s’en fout, on peut fumer ou prendre un peu de « super » (alcool éthylique de préparation locale) si on est mouillé.
En cas de violence : là on se bat, on lutte pour se faire respecter, ça nous arrive souvent mais on est habitué, c’est là le mode de vie des creuseurs.
Tentation de la sexualité : ce sont les filles elles-mêmes qui nous cherchent, mes amis m’y ont entraîné, c’est vrai que j’ai déjà fait cette expérience. C’est bon, mais c’est des risques…
Projet, perspectives d’avenir : gagner beaucoup d’argent et devenir un homme d’affaires à l’instar de Kebase, Petit Beyard, etc. KEBASE est un pseudonyme dérivé de MUKEBA, un diamantaire creuseur dans sa jeunesse et qui est établi à Mbujimayi avec un comptoir de diamants et un hôtel qui porte le même pseudonyme et Petit BEYARD est un fils des lieux qui a grandi à Luamuela comme enfant creuseur et qui s’est enrichi au point de compter parmi les millionnaires en dollars dans la ville de Mbujimayi et ses environs.
En cas d’échec : faire même le commerce, les champs ou aller chercher même d’être ouvrier quelque part. On va vivre comme tout le monde, c’est ça la vie…Dieu nous guidera toujours.
CAS N°6 : à Bena Kabongo
Sexe : féminin
Age : 14ans ; 2ème d’une famille de 8 enfants (5filles et 3 garçons)
Scolarité : arrêté en 5ème année primaire, il y a une année et demie par manque d’argent mais en réalité c’est parce qu’elle avait échoué pour la 2ème fois et que les parents ainsi que elle-même n’ont pas voulu forcer.
Activités : servir au restaurant de maman qui vend les haricots, du riz, voire le foufou et laver la vaisselle.
Parents : père chômeur, il était creuseur, trafiquant en faillite, puis creuseur, maintenant il ne fait rien, il tourne les pouces. Il vit grâce à ses deux femmes qui vendent près des comptoirs.
Il tourne là faisant semblant de servir d’intermédiaire ou de commissionnaire. Il passe le temps à boire et à s’enivrer.
Habitat : précaire, 2 cases en paille.
Stratégie : travailler avec la maman et attendre le mariage avec celui qui va se présenter…
Matériel : ustensiles de cuisine et de table et les couverts.
Pénibilité du travail : oui, le travail est pénible lorsque les clients sont nombreux et comme ce sont des jeunes, fumeurs de chanvre ou preneurs de « super », ils sont souvent impatients et très exigeants. Mais un tel climat dure seulement 2 à 3 heures dans la journée.
Temps d’exposition : de 7h00’ à 15heures, environ 8heures.
Cas d’intempéries : Nous sommes tout prêts de chez nous, nous restons sous le hangar ou je vais chez nous à la maison.
Nous manquons l’argent seulement quand il n’y a pas beaucoup de clients. Dans ce cas, nous mangeons nous-mêmes le reste. Parfois, on vient demander cela la nuit et on finit par rentrer dans les frais.
Violence : surtout verbale, car il y a des garçons qui sont impolis qui ont un mauvais langage quand ils ont déjà pris du chanvre ou de l’alcool. Ils manquent du respect aux adultes. Ils se battent, mais ne nous attaquent pas nous. La police les arrête, ils payent les amendes puis l’ordre revient.
Sollicitation par les garçons : ils sont toujours très impolis, courageux, ils me font des propositions mais comme je travaille avec maman, ils ne parviennent pas à me soustraire de l’activité de restaurant.
Un seul me demande la main et a fait savoir ça à ma mère, qui estime que c’est bien, mais que j’atteigne même 16 ans. La réponse de maman est bonne, s’il veut, qu’il patiente, moi je l’aime aussi.
Contente d’être dans ces milieux ? Pourquoi pas! Est-ce que ceux qui font le diamant ne sont pas des êtres humains ?
Cas N°7: à Bakwa Tshimuna
Sexe : Masculin
Age : 17ans, 8ème d’une famille de 9 enfants.
Scolarité : Abandon en 1ère année du secondaire à 14ans.
Début : j’ai commencé à faire le travail dans les mines à 11ans pour payer mes études avec l’accord de mes parents parce qu’eux n’avaient pas les moyens. Puis après, en 2011, j’ai purement et simplement arrêté. Les études et l’esprit de diamants ne marchent pas de pairs sans encadrement.
Activités : creuser le diamant dans les mines à ciel ouvert ou dans les galeries souterraines ou dans les lits de rivières lorsque la quantité et le courant d’eau diminuent pendant la saison sèche, transport, tamisage, recherche, tout…
Parents : père décédé, mère en vie (cultivatrice).
Habitat : une case en paille appelée « Palais », pour le garçon et ses amis.
Stratégie : nous sommes un groupe de 4 personnes, mais ça dépend de ce que nous faisons.
Matériel : bêche, barre à mines, sacs, tamis, cordes, seaux,…
Position au sein du groupe : Il semble être meneur du groupe d’autant plus que 3 membres sur 4 dorment ensemble, chez lui.
Pénibilité : travail très dur surtout le creusage et le transport. C’est ça le diamant. Si Dieu vous bénit, toute la peine s’évanouit en un laps de temps.
Temps d’exposition : du matin au soir, parfois même la nuit lorsqu’on est déjà sur le gravier diamantifère.
Cas d’intempéries : Nous nous abritons là où c’est possible, sinon la pluie, la chaleur, le froid c’est notre lot quotidien. C’est pourquoi les gens fument et consomment des boisons fortes, c’est pour faire face à ces situations.
Sexualité : j’ai déjà eu des relations avec des filles, plusieurs fois, souvent avec condom.
Violence : nous les garçons, nous avons l’habitude de nous provoquer, parfois par esprit de domination. Ça moi je ne tolère pas, c’est pourquoi, je me suis déjà bagarré plusieurs fois, maintenant on se respecte. C’est aussi cela qui pousse les gens à fumer du chanvre car, sans cela, on va vous malmener par les vieux, par les jeunes comme nous, voire même par la police.
Projet d’avenir : creuser le diamant, gagner de l’argent, devenir trafiquant, aller habiter Mbujimayi ou aller à Kinshasa.
En cas d’échec de ce projet : si je n’ai pas la possibilité de devenir un grand trafiquant, je peux même faire le commerce, vendre le carburant, conduire le taxi-moto, même faire les champs ; moi j’ai la force.
Satisfait ? Oui, quand la chance me sourit, on m’envie.
CAS N°8 : à Bakwa Bowa
Sexe : Féminin
Age : 15 ans, 4ème enfant du premier mariage et dernière.
Parents : Divorcés, le père s’est remarié, la mère vit avec quelqu’un d’autre avec qui elle a déjà deux enfants.
Nouveau père : creuseur
Le vrai père : creuseur
Mère : vendeuse, tenancière d’un restaurant.
Activités : aider maman à laver la vaisselle, à puiser l’eau, parfois à servir au restaurant et surtout à garder les plus petits quand elle travaille ou bien quand elle va s’approvisionner à Mbujimayi.
Travaille toujours avec maman deux fois seulement, j’ai fait le panaco, c’est-à-dire j’ai transporté le gravier jusqu’au lieu de tamisage.
Habitat : Mine de Dix Zaïre à Bakwa Bowa, « Mutanda », une hutte en pisée et en paille, au niveau de la toiture.
Matériel : la vaisselle, l’eau, le savon, bassin en plastique et seau d’eau.
Pénibilité du travail : pas de travail n’est du tout pénible, seulement le transport du gravier, voire de l’eau semble être pénible, mais le reste c’est passable.
Temps d’exposition : toute la journée mais il y a des heures où il n’y a personne, pas de clients. On se repose tranquillement.
Circonstances d’arrivée dans les mines, il y a 5 ans, maman décide de venir vendre ses marchandises ici. Avant, nous étions à Mbujimayi, elle vendait aux mines de Mbujimayi et au pont (la maman complète qu’elle a divorcé en 2004, deux ans après la disparition totale du mari parti dans les mines en aval. Dépassée par les événements, j’ai décidé de faire mon chemin…).
Cas d’intempéries, nous avons déjà 5 ans ici, nous résistons, le « mutanda » est bon, bien construit c’est pratiquement une case, on se protège, pas de problème.
Cas d’invendus : On chauffe le matin, il y a toujours des consommateurs, s’il y a perte, on recommence toujours, maman fait tout, si le restaurant souffre, elle se fait PANACO (transporteuse du gravier), son type là, lui donne aussi quelque chose quand il gagne de l’argent. On tient quand même.
Violence : Ici, les gens se battent même pour un petit problème, mais ce sont surtout les hommes, les femmes se battent rarement. Les femmes qui se battent souvent sont des prostituées qui viennent se disputer les hommes avec d’autres femmes. La police les arrête, le comité de mines les juge, elles (ils) paient les amandes et la vie continue.
Sexualité : Silence !…comment ? Silence !…oui, j’ai connu un jeune homme qui m’aimait, qui me faisait beaucoup de cadeaux, puis un jour, maman est allée à Mbujimayi, il est venu et nous nous sommes connus. Puis, il venait souvent (3 ou 4 fois comme ça) quand maman n’était pas là. Les gens ont raconté à maman ce qui s’était passé. Elle a commencé à parler menaçant de le faire arrêter, lorsqu’il a eu vent de cela, il a pris fuite. Ça fait environ 4 à 5 mois. A part lui, je ne connais pas d’autres pourtant, les hommes même les plus âgés me dérangent toujours.
Projet d’avenir : Je prie Dieu qu’il me sorte de ces lieux pour que j’arrive à me marier convenablement. Je veux être aussi chez moi, avec mes enfants, je me débrouille comme maman se débrouille ici et j’encadre mes enfants, je les envoie à l’école comme moi, je n’ai pas eu la chance d’étudier.
Comment savez-vous dessiner ? J’étais à l’école jusqu’en 3ème année primaire. Mais c’est surtout à l’école maternelle que nous avions appris à faire des dessins. A cette époque là, notre oncle maternel aidait beaucoup maman.
En cas d’échec de ce projet : c’est-à-dire si tu ne trouves pas quelqu’un qui te tire de ce milieu, que vas-tu faire ? Si, il y aura toujours quelqu’un, Dieu ne peut pas me laisser comme ça. Celles qui sont ici sont des grandes personnes, qui étaient mariées ou qui le sont encore. Mais moi, je n’ai pas encore commencé ma vie.
En plus dans les mines, les gens viennent après avoir passé un temps au foyer ou bien elles ont décidé de faire la prostitution, mais ce n’est pas mon choix.
Le prochain article concerne les candidats 9 à 13

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23. mai
2015
Non classé
7

RDC, travail des enfants : témoignage de 30 enfants mineurs

Enfant à la recherche du diamant

Cet article est le premier d’une série que je consacre au travail des enfants dans les mines de diamant dans la province du Kasaï oriental en RDC.

La province du Kasaï oriental est située au sud de l’Equateur et à l’est du méridien d’origine.

Elle s’étend entre 1° 49’ et 8° de latitude Sud et entre 21° 49’ et 26° 16’ de longitude Est. Sa superficie est de 168 216 km², représentant 7 % de la superficie de la République Démocratique du Congo. Elle comprend trois districts ruraux et deux villes.

La province du Kasaï oriental dans sa configuration actuelle a toujours été dominée par une activité économique caractérisée par l’agriculture, l’industrie extractive des diamants (avec la société minière de Bakwanga MIBA en sigle depuis 1908 et avec la SACIM ancien Sengamines depuis 1998), et un important déploiement du commerce et autres services ainsi que du secteur informel.

Mais, depuis 1990, tout comme l’ensemble du pays, la province du Kasaï oriental connaît une situation socioéconomique très préoccupante marquée par le chômage quasi généralisé, la répartition inégale des richesses provinciales, la dégradation du pouvoir d’achat de la population, la faible production agricole par rapport à la demande et enfin l’exploitation artisanale du diamant qui a développé dans l’inconscient collectif de la population l’illusion d’un enrichissement facile et rapide dont les conséquences sont incalculables sur les autres secteurs de la vie en province.

Par ailleurs, l’environnement socioéconomique de la province est aussi caractérisé par une quasi-absence d’investissements (l’arrêt de la MIBA et de l’ex-Sengamines en est une illustration) et par d’énormes difficultés d’accès à l’énergie, aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau potable, etc. Ces difficultés ont amenuisé sérieusement les possibilités de la population de satisfaire les besoins essentiels.

Confrontée à un tableau aussi désastreux, la population du Kasaï oriental a développé des mécanismes de survie ayant pour effet des mutations sociales. Nous citerons entre autres le développement d’un secteur informel caractérisé par le petit commerce, les petits métiers et la montée fulgurante de la délinquance juvénile en même temps que l’effritement de la solidarité familiale. C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’exacerbation du phénomène enfants de la rue et celui de travail des enfants dans les mines d’exploitation artisanale des diamants.

Nous présentons dans cet article l’interview de quelques enfants qui s’adonnent à quelque activité lucrative sur les mines d’exploitation artisanale des diamants que nous avons visitées récemment. En raison du grand nombre d’enfants dans les mines et de l’impossibilité matérielle de réaliser notre étude sur l’ensemble de la population cible, nous avons été amenés à sélectionner un échantillon.

Nous avons recouru à un échantillon empirique de 30 cas, tirés de cinq sites retenus par notre enquête, à savoir : Bakwa Bowa, Bakwa Tshimuna, Bena Kabongo et Bena Mabika, Boya, et Luamuela.

Dans la pratique, nous avons abordé les enfants ou ceux qui en avaient l’apparence, demandé leur âge réel ou l’année de naissance et si le sujet (fille ou garçon) avait moins de 18 ans, nous sollicitions son accord avant de procéder à l’ interview. Ceux qui ont accepté de se prêter à cet exercice de plus ou moins 60 minutes ont fait partie de notre échantillon.

Les questions posées au sujet se rapportaient  à l’identité du sujet ; aux informations relatives aux parents (professions, état matrimonial, conditions so:cioéconomiques, habitat) ; aux  circonstances d’entrée dans les mines (ancienneté, motivations, impressions sur le travail, gains) ; aux modalités de faire face aux intempéries, aux ratées, au manque d’argent, à la violence, à la tentation de la sexualité ; aux perspectives d’avenir (projet personnel, modèle identificatoire, qu’envisage-t-il en cas d’échec du projet ?) ; à l’exploitation et à la rémunération (équitable, injuste) ; aux réactions au cas où ses droits sont bafoués.

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Nous avons choisi de présenté nos sujets sous anonymat, nous les appellerons tout simplement cas n°… suivi du site où nous l’avons rencontré.

CAS N°1 : à Bena Kabongo à Mbujimayi

Sexe    : masculin, aîné

Age    : 14 ans.

Parents : unis, père débrouillard, mère vendeuse d’œufs et cacahuètes au rond-point                                 de l’université à Mbuji-Mayi.

Non scolarisé : abandon, il y a une année en première année secondaire avec intention exprimée de suivre un cursus scolaire à condition de trouver les moyens financiers par les parents ou lui-même.

Habitat : une cabane en pisées mais avec des vieilles tôles à la périphérie de la ville.

Activités : tamisage, recherche sur les lieux de travail, travaille en groupe de 3 garçons de son quartier dont lui-même pour la sécurité et pour l’efficacité, car tous bénéficient de l’effort de chacun.

Position dans le groupe : membre, mais il y a un de nous trois qui est plus grand en âge, il a 16 ans, c’est lui qui est notre chef d’équipe.

Outillage : bêche, seaux en plastique, tamis, 3 sacs en raphia.

Pénibilité du travail : oui, il y a pénibilité quand il y a un puits qui paye, le poids de gravier est lourd, et fatigant mais compensé vite si on gagne quelque chose, on ne sent rien.

Temps d’exposition : ça dépend des jours, mais on vient ici toute la journée par exemple de 7 h 30 à 17  h 30 ou 18 h (généralement 10 heures/jour)

Entrée dans la mine : il y a une année. J’ai abandonné l’école, j’avais 13 ans, en 1ère année par manque de moyens financiers. Un vieux du quartier m’a dit que je pouvais aller travailler avec eux dans les mines, j’ai demandé à papa, il a accepté.

Modalités de faire face aux intempéries, aux ratés, au manque d’argent : on s’abrite dans ces hangars qui servent de restaurant, on se mouille souvent et c’est ce qui pousse d’autres enfants à fumer ou à boire l’alcool.

En cas de violence : on résiste aux enfants de notre âge ou de l’âge de notre vieux en nous battant ou on s’appuie sur les vieux du quartier qui nous connaissent pour la défense.

Projet : trouver de l’argent pour aller à l’école ou au contraire poursuivre la recherche pour trouver de l’argent et devenir trafiquant ou grand commerçant comme tous les grands, comme le gouverneur de province.

En cas d’échec : on va faire comme tout le monde, aller soit au champ ou chercher un emploi manuel quelconque pour vivre, ainsi de suite… Dieu ne vous abandonne pas.

Réactions : on subit la loi du plus fort, Dieu rend justice.

Rapports avec parents : très bons, je donne à papa ma part si j’ai gagné 5.000FC environ 5,5 USD ou à maman. C’est maman qui garde mon argent. Souvent elle ne me le remet pas. Elle dit qu’elle a acheté à manger. Bon c’est ma mère eh !

Frères et sœurs : très bons : je leur fais des cadeaux : biscuits, bonbons, beignets.

Etes-vous satisfait du travail dans ce milieu ? ça va quand même.

 

CAS N°2 : à Bakwa Bowa

Sexe    : féminin

Age  : 11 ans

Parents : unis

Scolarité : elle continue en 4e année primaire

Profession du père : il fait tout, creuse le diamant, fait même les champs, coupe les noix de palme.

Profession de la maman : vend les beignets, les morceaux de manioc, les cacahuètes, même les fruits dans les mines, voire au petit marché du quartier.

Habitat : précaire, mais ses parents habitent une parcelle de l’une de leurs relations où il a construit une case et restent avec les enfants.

Activités : accompagner la maman quand elle a une grande charge pour l’aider à transporter une partie, parfois je vends à sa place quand elle se déplace.

Position dans le groupe : fille de maman sur les lieux de vente, c’est tout.

Temps d’exposition : deux à trois heures. On peut rester toute la journée si on achète beaucoup. A ce moment-là maman remonte pour se réapprovisionner et revenir dans la mine, mais c’est rare.

Entrée dans la mine : c’est depuis deux ans que je suis allée dans les mines pour la première fois. Ce dernier temps on n’y va même plus, il n’y a plus de diamants, maman va souvent au petit marché.

Modalités de faire face aux intempéries, aux ratées, au manque d’argent : on se faufile dans les « mitanda » de restaurants ou on se mouille carrément. Si je glisse et tombe, je me relève même si ici, on se moque beaucoup de quelqu’un qui tombe. Si on ne vend pas beaucoup, nous rentrons avec et le soir on va vendre au petit marché du quartier car là on peut rester jusqu’à 20 h 30 voire 21 heures lorsqu’il y a la lune.

En cas de violence : Pas de cas de violence sur moi, mais les garçons dérangent, d’autres ne payent pas, il faut l’intervention des adultes, amies de maman pour qu’ils payent.

Relations sexuelles : Non pas encore ! A mon âge ? Non.

Projet : Etudier jusqu’au bout, avoir mon diplôme aller travailler partout où je peux aller.

En cas d’échec  de ce projet : si mes parents n’ont pas d’argent, ah ! je vais arrêter… me marier quand je serai grande.

Rémunération : maman ne me paie pas c’est elle ma mère, elle va me payer comment ! je l’aide et je vais à l’école. Papa paye pour moi à l’école quand il trouve quelque chose, même maman aussi.

Et quand vous manquez de nourriture : parfois nous en manquons et nous dormons. C’est rare car, chaque jour nous mangeons le soir. Si nous manquons, maman nous donne même ce qu’elle vend.

Satisfaite d’évoluer en ces lieux ? Oui, ça m’amuse parfois avec les scènes que je vois…

Nous sommes deux filles et deux garçons, je suis la grande, je suis bien avec mes parents et mes frères et ma sœur, seulement celui qui vient après moi dérange, il est taquin.

 

CAS N°3 : à Bena Kabongo

Sexe  : féminin

Age  : 15 ans

Parents : unis, père polygame

Profession : négociant de diamants mieux, commissionnaire

Mère : vendeuse de produits vivriers divers (beignets, patates douces frites, arachides, eau fraîche, etc.) dans la mine et à la cité.

Scolarité : arrêt provisoirement en 2e secondaire (2012-2013) à cause de la colère du père d’apprendre qu’il y a des hommes qui suivent sa fille sur le chemin de l’école. Si le père revient aux bons sentiments, elle peut reprendre la fréquentation scolaire…

Habitat : briques adobe et tôles sur la parcelle du père et la 2,e femme de papa et les autres enfants sont dans une autre parcelle.

Activités : vendre avec maman ou pour elle, parfois l’accompagner dans les mines en transportant une partie de ce qu’elle vend. Sinon aider la maman à la maison dans les travaux domestiques. Je sais également tresser les cheveux.

Outillage : seulement les bassins, les bidons d’eau, etc. aucune fois, j’ai fait le PANACO (transporteur du gravier diamantifère) ou tamisage.

Pénibilité du travail : c’est pénible seulement lorsqu’on doit transporter beaucoup de produits à vendre, mais comme ce n’est pas tous les jours, elle est déjà habituée.

Temps d’exposition : 30 à 45 minutes de marche avec la charge de 6 h 30  à 17 h-18 h et cela, deux, trois, voire quatre fois par semaine. Parfois tous les jours s’il y a des activités aux mines.

Entrée dans la mine : dès l’âge de 12 ans ; j’accompagnais maman sur les lieux de vente. Mais depuis cette année, j’y vais souvent. Avant c’était seulement les jours de congé ou pendant les vacances.

En cas d’intempéries, de ratées, de manque d’argent : on s’abrite contre la pluie et la chaleur en dessous des hangars des restaurants, mais ce n’est jamais confortable. On s’en tire toujours un peu mouillées, dans ce dernier cas, on se réchauffe au feu, on boit du thé, parfois on ne fait rien, les habits sèchent comme ça. Les garçons prennent l’alcool dit « super » ; les fumeurs fument et le marché de ces stupéfiants rapporte beaucoup.

En cas de violence : une fois un garçon a mangé les beignets, il ne voulait pas payer, je l’ai tenu dans les habits pour qu’il paie, il m’a giflée et j’ai réagi, il y a eu bagarre. Les responsables des mines sont venus l’arrêter et l’obliger à me payer. Quand maman est venue, elle a voulu recommencer, les autres femmes lui ont conseillé de se calmer, étant donné que c’est l’esprit dans les mines.

Relations sexuelles : Silence…! Silence…! Pas dans les mines ou avec un creuseur. Quelqu’un qui voulait m’épouser, je l’aimais, mais papa avait refusé, c’est tout, seulement lui.

Projet : rentrer à l’école, terminer les humanités, aller à l’université comme les autres filles que je vois.

En cas d’échec de ce projet : je ferai tout ce qui va se présenter : commerce, mariage, ouvrir un salon comme je sais tresser…

Rémunération : la maman m’achète les habits, elle achète à manger, papa aussi. Mais pourquoi je vais demander qu’ils me payent ? Pas du tout, c’est elle ma mère, elle va me payer comment ! je l’aide lorsque j’allais à l’école, papa payait pour moi à l’école quand il trouve quelque chose, même maman aussi.

Rapports avec les parents : très bons avec maman même avec papa. Seulement il n’a pas voulu que je continue à aller à l’école à cause de l’histoire de ce monsieur. Mais comme j’ai chômé cette année, je crois qu’il acceptera de me laisser rentrer à l’école l’année prochaine.

Rapport avec les frères et sœurs : maman a seulement trois enfants, un garçon avant moi et un autre après moi. Tous deux sont chez la marâtre avec nos demi-frères de là. Moi je suis seule avec maman. Tout va bien, pas de problème.

Satisfaite dans ces milieux ? C’est bien, mais à l’école c’est mieux.

Dans le prochain article, nous présentons les candidats 4 à 8.

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Article : L’Eglise et la politique en RDC
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28 avril 2015

L’Eglise et la politique en RDC

Eglise pour la patrie, pour la foi, pour l’avoir ou pour la gloire ?


L’Eglise joue un rôle prépondérant dans les Etats, elle sert de repère pour le pouvoir, un outil de cadrage, mais elle est souvent critiquée pour son immixtion exagérée dans les affaires politiques. Le foisonnement d’églises en RDC prend, de plus en plus, des allures inquiétantes. C’est devenu un véritable phénomène de société.

Presque toutes les grandes agglomérations de la RDC vivent cette réalité. Des maisons de prières poussent de partout sans que l’on sache trop si elles se conforment aux écritures saintes.

En République démocratique du Congo, c’est dans les années 1990 que le pays a connu une sorte de boum ecclésiastique. L’Eglise catholique majoritaire et influente à l’échelle internationale était devenue gênante pour le pouvoir en place. Dans ce contexte, les églises dites de guérison (église de réveil), qui évoluaient encore dans l’ombre, obtiennent alors les autorisations de fonctionner.

Un des traits communs de ces nouveaux ministères est qu’ils ont été fondés et se sont développés dans les villes, à l’initiative d’individus plutôt jeunes et appartenant à des milieux sociaux relativement aisés. Leurs leaders pasteurs, prophètes, apôtres, évangélistes et autres, aux talents oratoires, certains, sont bien souvent issus des élites urbaines instruites (étudiants, enseignants du supérieur, fonctionnaires, cadres). La plupart appartiennent à la génération des « déçus » de l’après-indépendance, qui ont souffert des promesses de développement non tenues et de la faillite des stratégies classiques d’accumulation et d’ascension sociale.
Pour cette génération en porte-à-faux entre deux mondes, l’occidental et le traditionnel, l’affiliation à ces mouvements leur permet d’atténuer en partie leur « échec social ». En devenant pasteurs, ils deviennent « quelqu’un ». Au Congo, devient pasteur qui veut. Question de se faire imposer des mains par des « aînés dans la foi » même s’ils sont eux-mêmes douteux.

On est frappé d’ailleurs par la facilité avec laquelle les animateurs de ces ministères se déclarent « pasteurs ». Une simple « révélation », et le tour serait joué ! La majorité de ces églises ont un impact local et social incontestable, certaines d’entre elles ont des chaînes de radiotélévision recueillant des audiences de plus en plus importantes.

Scène de campagne d'évangélisation en plein air.
Scène de campagne d’évangélisation en plein air.

Quelque 10 000 églises

A Kinshasa, la capitale du Congo démocratique qui abrite entre 6 à 7 millions d’habitants, on estime leur nombre à 10 000. Des données toutefois difficiles à établir, certaines églises n’ayant jamais déposé de demande de reconnaissance. Leurs déménagements, disparitions, changements de dénomination, scissions, sont fréquentes, ce qui rend le paysage religieux « évangélique » extrêmement mouvant.

Les pasteurs les plus connus sont à la tête de véritables entreprises et jouissent, de par leur popularité, d’un réel pouvoir. Le monde politique, désireux de s’attirer les faveurs des électeurs, courtise alors ces pasteurs, dont le soutien constitue une garantie électorale.

Quant aux adeptes, ces « chrétiens nés de nouveau » par le baptême de l’esprit, ils adhèrent à ces églises pour diverses raisons. Pour retrouver de nouvelles formes de solidarité et de sociabilité dans un monde urbain difficile et dans un environnement socio-économique en pleine déconfiture, voire pour se refaire une « nouvelle virginité », après des années de vie de « patachon ».

Le désir de se trouver une nouvelle « famille » n’est toutefois pas la seule motivation. On se rend,  en effet, dans ces églises pour rechercher la solution à des problèmes matériels : argent, santé, travail, amour, enfants, etc. Laquelle solution passe par la recherche de nouvelles façons d’être et de vivre, qui, elles, devraient permettre de résoudre ces problèmes, dixit le pasteur !

Quant aux lieux de prière pas de souci à se faire, maisons inachevées, anciens dépôts des marchandises et bars, hangars construits de fortune servent d’abris à ces « chercheurs de la vie éternelle ». Dieu n’habite-t-il pas dans les cœurs des hommes et non dans des maisons construites de leurs mains ? Une certaine connaissance de la Parole, la verve oratoire, des tambours et quelques chantres suffisent pour démarrer cette affaire même en dessous d’un arbre.

On est frappé également par la place importante occupée par la sorcellerie dans ces courants religieux.

Des miracles invraisemblables

Ces églises fonctionnent en effet et élargissent leur assise populaire en « délivrant, exorcisant ou guérissant » par la prière. C’est l’aspect le plus connu de leur action. Ainsi on y parle en permanence d’envoûtements et de sorcellerie et on y pratique en pagaille cures d’âmes et cérémonies de « désenvoûtement ». Du coup, tout fidèle peut être suspecté de sorcellerie. Si tel est le cas, il sera délivré bien sûr par son pasteur. Car, en général, c’est lui qui est habilité à détecter le « mal » et à délivrer celui qui en est touché ! Au Congo démocratique, de plus en plus, ce sont les enfants qui sont accusés de sorcellerie et donc maltraités.

Scène de délivrance lors d'une séance de campagne des prières.
Scène de délivrance lors d’une séance de campagne des prières.

En RDC, un pays en crise multiforme où ses machines sociales devraient jouer un rôle primordial, ces églises sont cependant des lieux de vente d’espoir caractérisés par des miracles les plus invraisemblables, des guérisons de toute sorte, notamment de maladies relevant généralement du domaine mental. Ces églises proposent donc un espoir d’amélioration soudaine des conditions de vie.

Les thèmes favoris auprès des fidèles ont toujours été : « La prospérité, la liberté, l’enrichissement, la guérison ou la délivrance. » Rares sont les thèmes à caractère civique pour l’éveil patriotique des fidèles.

Autre fait, ces églises sont financées par les dons des fidèles à titre de gratitude à l’égard des pasteurs dont le train de vie luxueux se fait  au détriment des pauvres fidèles, un véritable paradoxe.

Scène de récolte lors de la campagne d'évangélisation.
Scène de récolte lors de la campagne d’évangélisation.

A quelles fins ? En tout cas, si ces églises « éveillent » leurs adeptes à une nouvelle spiritualité cela reste à prouver, ce qui est sûr, c’est qu’elles maintiennent leurs ouailles dans une forme de fatalité. En revanche, certains réussissent à accéder à des fonctions politiques. Propulsés par une popularité acquise grâce à la taille et au nombre des fidèles dans leur église, ils combinent ainsi le sacerdoce et la politique. Alors églises de réveil ou d’endormissement ? Eglises pour la patrie, pour la foi, pour l’avoir ou pour la gloire? On peut se poser la question.

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18. avril
2015
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Mon cher oncle

Oncle Congolais, apprend à te connaitre pour que tu adoptes une attitude convenable pour ton destin


Cher Oncle, quand je t’observe de plus près, voici comment je te connais : Tu t’es toujours caractérisé par deux expressions qui me permettent de te juger pour mieux te connaitre. Tes deux expressions courantes sont : « Dressons nos fronts longtemps courbés » et « Nous bâtirons un pays plus qu’avant »Par là, je comprends que tu as un souci :Celui de t’épanouir, de te développer à l’exemple des autres peuples, mais ton voeu de développement contredit les attitudes que tu adoptes vis-à-vis de tes prédateurs. Permet moi de te dire qui tu es, où que tu sois et ce que tu fais :Toi, Oncle tu te dis éveiller, mais toi-même tu as peur du pouvoir c’est lorsque tu le laisse par terre que les autres le ramassent pour te diriger et te repousser très loin que tu y songe et tu deviens plaintif.Tu te caractérise par une peur congénitale qui constitue un danger pour tes terres, tes richesses du sol et du sous sol, ton social, etc.Ta peur invétérée t’oblige à abandonner ton propre territoire au profit de tes voisins. La voix, les actes de ceux qui t’effrayent, te donnent du complexe et te poussent à leur donner du respect absolu partout où ils te rencontrent, même sur ton terroir, et cela même à l’égard de leurs descendants.Tu leur abandonne tes richesses, au même moment tu te plain de leur envahissement de ton terroir, ta peur te pousse à abandonner à leur profit une partie du terroir.Oncle tu m’étonnes, tu te laisse intimider par tes envahisseurs, ils te malmènent, te grondent, détériorent tes villes et centres urbano-ruraux qui s’enfoncent davantage avec leur politique qui consiste à ne pas s’occuper de ton développement.Tu vis dans des villes aux artères délabrés, aux constructions anarchiques et rustiques, à l’obscurité criante, au manque d’eau potable sous ton regard complice et impuissant. Il faut que ce soit toi pour accepter ce genre de chose, ça ne pouvait être que toi, moi je n’accepterais pas cet état de chose.Le jour que Dieu éveille ton esprit, c’est à Bruxelles et à Jobourg ou dans d’autre villes où tu te retire pour formuler tes plaintes en te cachant d’ailleurs de telle sorte que l’oppresseur ne sache pas que c’est toi qui te plaint.Tu n’a ni fer ni lance pour te défendre, tu joue toujours à la défensive et non à l’offensive. Et cette dernière c’est à la périphérie de ton terroir que tu l’organise. Qui t’a crée ainsi mon oncle ?Ne sais tu pas que tu donne de la fatigue à ton créateur qui t’as donné toutes les facultés ? Aujourd’hui, on parle du changement climatique dans le monde, je me rends compte que tu ne t’es pas encore réveillé de ton sommeil pour tirer ta part du gâteau, tu oublie que c’est toi qui détient la deuxième grande forêt du monde ! Quelle stratégie as-tu prise pour gagner ce pari ?Tu attends que les autres se saisissent toujours de la balle au bond pour s’assumer, comment as-tu été créé ? Pourquoi es-tu si indolent et si lâche ? Apprend à connaitre la bravoure de tes ancêtres que tu trahis tous les jours par ta nonchalance.Toi oncle, tu te plains toujours avec retard lorsque les morceaux de viande qui était dans ta bouche t’ont été arrachés par les autres qui gardent encore intact leurs dents.Tu n’as jamais songé à organiser ta jeunesse qui est plaine de vigueur, tu lui parle en ordre dispersé et tu aggrave sa peur. La jeunesse avisée de le Tunisie et de l’Egypte n’a-elle pas fait parler d’elle et marqué leur histoire ? Tu vis dans la division.Sais-tu que tu a des richesses énormes du sous-sol et du sol sur ton terroir ? Je te l’apprends car tu es distrait. Tu ne lis pas les cartes géologiques et tu ne sais pas que cela peut te valoir autant de richesses. Tu dors trop.Je te conseille d’être sérieux avec tes expressions susmentionnées, prend conscience, cherche ton unité, organise-toi pour préparer ton destin et occuper, en le protégeant, toutes tes terres sans relâche. Organise ta jeunesse et apprend-la à ôter la peur qui la préjudicie et l’affaiblit.Je te l’apprends, que tu ne dois pas être à la remorque des autres peuples, tu dois apprendre à pressentir ce qui doit t’arriver avec les questions de l’heure. Combat ta récessivité dans le forum des peuples, n’accepte pas qu’on te traite comme un gamin mais considère que tu es suffisamment adulte. Je sais que tu as toutes catégories d’enfants instruits, rien ne te manque pour te rendre justice. L’expérience ne montre-elle pas que lorsque le collègue te bas, il ne faut pas te laisser faire, il faudra que tu t’entraîne pour le battre davantage un jour, un deuxième et un troisième jour, de telle sorte qu’il apprenne à fuir même tes regard.Mon cher oncle,Je te dis que pour y arriver, il faut organiser tes forces, dis-moi bien : ton ventre n’a-t-il engendré que des enfants peureux, doux, intelligents et jamais des délinquants, des turbulents, des bagarreurs qui pourrait un jour disperser tes ennemis ou tes attaquants ? Si tu ne les a pas alors tu ne me convaincs pas que tu as mis au monde ! Je le dis en voyant ce qui arrive chez tes voisins.Sors de ton idiotie, de ton sommeil car tu ne te rends pas compte que ta peur t’oblige à laisser des endroits merveilleux et des rivières poissonneuses, des mines, des carrières à tes ennemis. De quoi vivras-tu alors ?Mon cher oncle,Je t’aime bien, c’est pour cela que je ne cesse de te dire que ta peur qui constitue pour toi toute une culture, si tu n’y prends garde, t’amènera très loin en te rendant esclave, marchepieds et la queue des autres peuples. Crois-moi car ta naïveté dépasse les bornes.Excuses-moi de te dire que tu es aussi trop chiche, tu n’ouvre jamais ta main depuis que tu l’as fermée. Tu ne fais que critiquer tes frères, tu ne t’associe jamais à eux pour réfléchir et rechercher l’unité. Tu es farceur et fantoche, par contre tu excelle dans les guerres tribales et des critiques. Je t’apprends que tu vas devenir un bon à rien, un type sans avenir et sans destin.Laisses-moi t’apprendre qu’à l’heure qu’il est : Tu dois apprendre à te battre pour ton épanouissement, celui-ci ne va pas tomber du ciel, il est le fruit de la lutte.L’épreuve à laquelle je te soumets pour me prouver que tu m’as compris, c’est de me montrer la contribution que tu as apportée à la lutte pour la conquête de ta place dans le concert des nations.Je t’apprends que si tu continues à avoir peur et à dormir, tu seras envahit par ceux qui ont compris la chose. Avec cela, je ne sais sur quel pied tu danseras. Si jamais tu remporte cette victoire, je t’en dirai plus. Ton neveu

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02. mars
2015
POLITIQUE
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Entêtement ou nationalisme ?

tintin

Kinshasa répond à Bruxelles…

Réponse de la RDC à la Belgique : «Tintin au Congo » est dépassé ».


Depuis quelques semaines, luttant dans l’ombre contre son peuple, le pouvoir mené par Joseph Kabila tente de faire taire les contestations par tous les moyens à sa disposition. C’est ce qu’a voulu dénoncer le ministre belge qui a, il faut le dire, oublié tout de même le principe de non- intervention dans les affaires d’un pays souverain; la Belgique ayant eu, par le passé, à jouer un rôle trouble dans les différends politiques ayant opposé certaines fractions rivales dans le pays.

C’est par la voix de Lambert Mende Omalanga, ministre de la communication en RDC que le pouvoir en place a décidé de répondre à l’imprudent ministre belge  de la Coopération au développement. Et c’est dans des termes lourds de sens que M. Mende s’est exprimé, laissant de côté toute courtoisie : « Votre discours dans une langue, le néerlandais, que très peu de Congolais maîtrisent, témoigne en effet d’une méconnaissance du fait que le monde a changé depuis l’indépendance de notre pays en 1960 et que les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées, comme grille de lecture des faits et des idées ».

Le ton ainsi donné, le ministre a également évoqué les cas des personnes arrêtées. Une réponse qui ne devrait pas plaire du côté belge, d’autant plus que le pays compte financer les élections congolaises. Notons toutefois qu’en RDC, l’opposition a applaudi la déclaration d’Alexander De Croo.

La lettre du ministre Mende au ministre belge De Croo

            Monsieur le Ministre, Grâce à l’aimable traduction faite par le journaliste Maroun Labaki, j’ai pris connaissance, comme d’autres compatriotes, de la volée de bois vert que vous avez cru devoir infliger aux autorités de la RDC auxquelles vous avez reproché « des mesures liberticides « , vous insurgeant particulièrement contre des arrestations arbitraires, l’instrumentalisation de la justice ainsi que le blocage d’Internet et des réseaux sociaux par lesdites autorités.

Passons sur le ton : n’est pas diplomate qui veut…

            On aurait pu mettre les propos vitriolés dont le gouvernement qui vous recevait a été gratifié sur le compte de ce mimétisme colonial par procuration auquel d’autres émissaires belges en d’autres temps nous avaient habitués.

Il faut, hélas, constater qu’il s’agit tout simplement d’ignorance. Votre discours dans une langue, le néerlandais, que très peu de Congolais maîtrisent, témoigne en effet d’une méconnaissance du fait que le monde a changé depuis l’indépendance de notre pays en 1960 et que les fictions infantiles de Tintin au Congo sont passablement dépassées comme grille de lecture des faits et des idées.

Certes, l’esprit philanthropique qui vous pousse à prendre la défense des populations congolaises qui seraient victimes des sévices est-il louable. Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi au moment même où tous les pays du monde, y compris le vôtre, prennent des mesures conservatoires et envisagent un resserrement des législations contre la cybercriminalité, vous vous évertuez à dissuader la RDC, victime de l’extrémisme violent, d’entreprendre cet exercice légitime de vigilance.

Lundi 23 février 2015, à l’occasion du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), le président de la République française, M. François Hollande, a déclaré à ce sujet que « les réseaux sociaux font partie de notre monde. Ils doivent faire partie de notre législation. Les propos racistes, xénophobes doivent sortir du champ du droit de la presse pour intégrer le droit pénal « . Vous entendra-t-on, lors d’une prochaine visite en France, adresser des remontrances à ce chef d’Etat européen qui vient, en plus, de dépêcher son ministre de l’Intérieur à la Silicon Valley pour placer les majors américains d’Internet devant leur responsabilité en leur exigeant un cahier des charges pour mieux contrôler les applications des réseaux sociaux » ?

Peut-être vous rendrez-vous ensuite au Saint-Siège pour y faire grief au pape François de ses propos peu après l’attentat de Charlie Hebdo quand il a déclaré que « l’impératif sécuritaire peut commander que des limites soient apposées à la liberté d’expression » !Last but not least, il vous faudra aussi envisager d’admonester les autorités américaines et nigérianes qui viennent de prendre la « mesure liberticide » de boucher le compte twitter de Boko Haram au Nigeria…

Je suis sûr, Monsieur le Ministre, que vous n’y pensez même pas. D’où ma perplexité de vous voir édicter depuis les jardins de l’ambassade belge à Kinshasa un principe d’immunisation des auteurs de délits et crimes commis au moyen de la toile, principe qui ne serait d’application qu’en République démocratique du Congo.

Je suis néanmoins perturbé devant le fait que les présumés pillards des 19 et 20 janvier dont vous êtes devenu l’avocat passionné avaient ciblé quasi exclusivement les intérêts chinois à Kinshasa. J’ai donc la pénible impression que c’est moins l’intérêt des « pauvres Congolais » que celui de ces groupes mercantilistes rivaux des Chinois qui nous oppose. Plaise à Dieu qu’elle soit fausse !

Lambert Mende Omalanga
Ministre de la Communication et Médias de la RDC

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28. févr.
2015
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Les printemps Arabes: SE REVOLTER EST-CE LA SOLUTION ?

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TUNISIE, le 17 Décembre 2010, Mohamed BOUAZIZI, 26 ans, n’en peut plus. Il est vendeur ambulant et ne parvient pas à trouver de meilleur emploi. De plus, il sait que des fonctionnaires réclament des pots-de-vin. Ce matin-là, des agents municipaux confisquent son stock de fruits. Lorsqu’ils s’emparent de sa balance, il résiste. Des témoins affirment qu’une policière le gifle.

Après s’être plein au bureau du gouverneur sans obtenir gain de chose, il va s’asperger d’un liquide inflammable et craquer une allumette, il va mourir de ses brûlures moins de trois semaines plus tard.

S’en est suivit des soulèvements qui ont fait tomber le régime de Ben Ali en Tunisie et n’ont pas tardé à gagner d’autres pays, l’Egypte avec la chute de Moubarak, la Lybie avec l’assassinat de Kadhafi, pour ne citez que ceux-là.

Qu’ont produit ces révoltes ? Les partisans des ces révoltes ont cru que leur mouvement avait produit de bons résultats avec l’organisation des élections en Tunisie, Egypte et la mise en place des gouvernements issu des élections libre dans ces deux pays.

Aujourd’hui deux ans après, la Lybie est instable et dans une insécurité qui n’épargne personne pour preuve l’enlèvement récent du premier ministre par un groupe des anciens rebelles.

Cependant, les contestataires n’obtiennent pas toujours ce qu’ils souhaitent. Des dirigeants préfèrent sévir plutôt que céder, le président de la Lybie avait dit qu’il combattrait jusqu’à l’assèchement de la dernière goutte de son sang, ce qu’il n’a pas hésité de faire, le président Syrien à déclarer au début de la contestation dans son pays, je cite : « Il faut l’écraser d’une main de fer. » Résultat, des milliers des contestataires et des victimes civiles ont perdu la vie et la situation est loin d’être finit.

Même lorsque les contestataires pensent avoir atteint leurs objectifs, le lendemain apporte de nouveaux problèmes. Une année après avoir obtenu la confiance du peuple dans les urnes, le président Morsi a vu le même peuple se retourner contre lui alors qu’il était porteur de tous les espoirs avant d’être renverser quelques jours plus tard par l’armée et que dire de la situation instable du gouvernement Tunisien ?

Il faut cependant reconnaitre que dans d’autre cas la contestation à servi à quelque chose : en décembre 2011, des dizaines de milliers de gens ont manifesté contre la construction d’une centrale thermique au charbon près de Hong Kong, car ils s’inquiétaient des risques de pollution et il ya quelques temps, une révolte s’est déclenchée en Turquie contre un projet de démolition et ces deux projets ont été abandonné.

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07. juil.
2014
POLITIQUE
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Gbadolite : le Versailles de la jungle

gb
Nichés au cœur de la jungle équatoriale les vestiges des résidences de l’ancien dictateur du Zaïre, Joseph Désiré Mobutu, étonnent encore.
Aujourd’hui en ruines, les demeures pharaoniques se dressent toujours sur différentes collines, témoins insolites des ambitions de celui qui régna pendant 32 ans sur l’actuelle RDC, alors rebaptisée Zaïre.

Lorsqu’il accède au pouvoir, l’homme d’Etat choisit Gbadolite; fief de son clan et symbole de son enfance pour ériger trois palais grandioses, une piste d’atterrissage capable d’accueillir Le Concorde et une centrale hydroélectrique colossale. Entièrement en marbre de Carrare, le palais Kawele constituait la résidence principale du roi léopard. Dans sa chambre, ouverte sur de multiples bassins une croix avait été placée dans la pierre pour recevoir la couche royale. De là s’élevait un lit télécommandé qui permettait au président de jouir de la vue.

Mobutu esthète et amateur d’art, très marqué par ses visites en Chine, confia à des ouvriers chinois la réalisation du palais voisin, un ensemble de pagodes ornées d’estampes, serties de jardins de nénuphars et de fontaines. Mais l’édifice le plus extravagant reste le palais Bambu. Au milieu de 700 hectares de plantations luxuriantes, il vaudra à Gbadolite le surnom de Versailles de la jungle. L’ossature de lustres démesurés surplombe encore les anciennes salles de bal, devenues le terrain de jeu des enfants du village.
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Auteur·e

L'auteur: Emmanuel LEU T.
Jeune Ingénieur industriel électronicien, Congolais (RDC), autodidacte en blogging.

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