10 février 2016 - Emmanuel LEU T.

Lubumbashi : la dot, un casse-tête pour les jeunes prétendants

L’argent de la dot est devenu un casse-tête pour les jeunes prétendants à Lubumbashi. Le coût de la dot a été revu à la hausse, bravant la valeur pourtant voulue « symbolique » de ce geste. Épouser une femme de nos jours en RD Congo, particulièrement à Lubumbashi, implique d’avoir les poches pleines.


Perçue de diverses manières selon les cultures, dans la société africaine, et notamment en République Démocratique du Congo (RDC), la dot est un apport culturel de l’époux à sa belle-famille consacrant traditionnellement le mariage entre l’homme et la femme. Au fil des années, la dot semble avoir perdu son caractère hautement symbolique au profit d’une opportunité vénale. Ainsi, la future mariée devient une valeur marchande pour sa famille et se retrouve l’objet d’enchères toujours plus élevées. Ce qui pousse souvent des jeunes gens à opter pour un célibat prolongé et, parfois, pour une union libre.
De nos jours, la dot est devenue un véritable casse-tête, au point que l’on parle aujourd’hui de « facture » et que des dérives nous éloignent de la coutume.

Que reste-t-il donc de la dot ? Une importante préoccupation vu la manière dont évolue notre société. La femme doit-elle être un objet de marchandage selon son apparence, son niveau d’études ou la fortune présumée du prétendant ? Une loi pourrait-elle fixer le plafond de la dot pour éviter des abus ? Doit-on simplement moderniser la dot ou encore les unions dans nos sociétés ?

La dot aujourd’hui
Épouser une femme en RD Congo, particulièrement à Lubumbashi, implique désormais d’avoir les poches pleines. Vu l’exagération du coût de la dot, il s’agit quasiment de “vendre” la jeune fille que l’on donne en mariage. Une pratique qui rompt avec les valeurs traditionnelles. Comme qui dirait : « autres temps, autres mœurs ».

En effet, l’argent de la dot est devenu un casse-tête pour les jeunes prétendants de Lubumbashi. Le coût de la dot a été revu à la hausse, bravant la valeur pourtant voulue « symbolique » de ce geste.  Dans plusieurs familles lushoises (de Lubumbashi), la dot a pris des allures d’une facture globale, incluant tous les frais, toutes les dépenses consenties pour l’éducation et la formation de la jeune fille qu’on veut donner en mariage. Dans plusieurs cas, la dot inclue donc les frais de scolarisation, de logement, d’habillement, de maladie, d’alimentation voire la beauté et surtout la virginité de la jeune fille.

Dans certaines familles, ce prix de la dot monte de plus en plus en flèche, surtout lorsque la jeune fille qui est proposée en mariage a fait des études supérieures et universitaires, et détient un diplôme académique. « Je suis en droit d’entrer en possession de toutes les dépenses que j’ai faites pour scolariser ma fille. Et personne n’a le droit de me l’interdire« , a laissé entendre le beau-père d’un ami que j’ai accompagné voir sa belle famille récemment.

La dot s’établit aujourd’hui en dollars américains ou en euros (2500 à 5000). Et cela, même si l’Etat congolais lui-même reconnaît que la dot a un caractère symbolique. Elle est facultative et peut être payée en nature, en espèces ou sous les deux formes. Mais en aucun cas son montant ne peut être exagéré. L’article 363 du Code de la famille reste clair à ce sujet : “ La dot ne peut dépasser la valeur maximale fixée par l’ordonnance du Président de la République, prise sur proposition des assemblées régionales ».
Hélas, après plusieurs années de mandature, aucun édit n’a jusque là été pris par les députés provinciaux.

Nombreux sont ceux qui pensent qu’il est tout à fait normal d’actualiser la dot autrefois composée, selon les coutumes, de plusieurs biens tels que : la pirogue, le fusil, le filet ou encore des flèches ou peaux de bêtes qui ne servent à rien de nos jours avec cette mobilité d’exodes rurales et d’expatriation. Un idéal, c’est ce que veut la tradition. Mais de nos jours, ne devrait-on pas remplacer ces présents symboliques par des téléviseurs cathodiques, si ce n’est pas des écrans plats, des ordinateurs (laptop), des téléphones ou des tablettes.

Face à une telle situation, le prétendant se voit du coup désarçonné et décide parfois de recourir au phénomène des grossesses calculées pour échapper à la surfacturation et anticiper la vie commune. Dans ce cas, certaines formalités coutumières sont momentanément mises à l’écart entre les deux familles – principalement l’exigence de la dot – en attendant l’accouchement de la jeune fille. “On ne peut pas vendre une chèvre avant qu’elle ne mette bas« , dit un adage congolais.

Ces adaptations modernes de la vie de couple, dans une société qui tient encore à ses traditions et ses mœurs religieuses, poussent à s’interroger sur ce qui reste de la valeur symbolique de la dot.
Le mariage ne se limite pas à la dot : c’est plutôt une continuité. Il n’y a donc pas de raison de l’exagérer, puisque les deux familles s’y retrouvent toujours d’une manière ou d’une autre, particulièrement dans des circonstances qui nécessitent des cotisations et/ou d’autres pourparlers (deuil, mariage, anniversaire …), a reconnu madame Eulalie lors d’une rencontre sur le campus de l’UNILU.

Ce phénomène oblige certains jeunes gens soit à faire recours à l’authenticité, c’est-à-dire à se replier au village pour se marier à moindre coût, soit à faire un mariage par téléchargement, auquel cas le jeune homme n’a qu’à envoyer sa dot au village et attendre de recevoir sa future femme.

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